lundi 3 décembre 2012

Les joies de l'inspection

Lundi, 13h:
Chef d'établissement: Mme Mélu, l'inspecteur vient jeudi matin avec les 3ème.
Mme Mélu: Que dois-je préparer pour sa venue?
Chef d'établissement: Je vous ai tout envoyé par mail.

Lundi, 13h30:
L'agenda de prof de Mme Mélu annonce que le jeudi, les élèves devaient corriger le contrôle, chose peu palpitante que l'inspecteur ne voudra probablement pas voir...
Brans-le-bas de combat:  que faire ce jour-là? Un extrait d'Othello alors que les élèves n'ont pas fini de lire la partie du livre demandé? Je me tâte...

Lundi, 16h:
Mme Mélu: Jeudi, nous recevrons la visite de l'inspecteur.
Les 3ème: Quoi! Non! J'ai trop peur! Au secours!!!!!
Mme Mélu, interloquée: Mais de quoi avez-vous peur?
Les 3ème: Qu'il soit méchant!
???!!!!
Mme Mélu: De toutes façons, c'est moi qu'il vient voir, donc la seule chose que vous devez craindre, ce sont mes terribles représailles! Dans le doute, comme on ne se revoit pas avant jeudi, je vais garder deux classeurs bien tenus, comme ça s'il veut en voir un, j'aurai de quoi lui montrer.

Lundi 18h
Mail du chef d'établissement: Mr l'inspecteur souhaite que les classeurs des élèves soient à jour, faites-leur ramener tous les cours depuis le début de l'année.
Il aurait bien sûr été trop simple de me le dire ce midi AVANT que je vois les élèves pour la dernière fois.

Mardi 14h
Mme Mélu: C'est toi le prof principal des 3ème? Tu peux leur demander de ma part de remettre dans leur classeur tous les cours depuis le début de l'année?
Mr Merlin: Ils vont hurler...
Ou comment me fusiller ma superbe technique d'archivage de cours, rapport au poids des cartables que l'on nous reproche régulièrement.

Mercredi après-midi: séance prête, documents exigés prêts, extrait de film adapté du livre prêt, j'évite surtout de trop regarder ce que j'ai à faire pour ne pas trop me dire que c'est absolument nul et qu'il faut tout recommencer.

Jeudi matin, 8h55: je dépose sur une table au fond de la salle les deux classeurs tenus comme des registres de ministres (merci les filles!) et un petit classeur dans lequel figurent quelques documents pour aider l'inspecteur à suivre: le chapitre dans lequel nous sommes, les objectifs du jour, ma progression annuel et bien sûr, le texte d'étude.

Jeudi matin, 9h00: morituri te salutant... (et là, je parle des élèves...)

Jeudi, 9h20: un brouhaha de bavardages s'installe dans ma salle. Je scrute la salle, prête à aboyer... L'inspecteur est lancé dans une grande conversation avec le principal, à voix presque haute, au fond de ma salle. Les élèves me regardent, désemparés. Si seulement j'avais quelques années d'expérience de plus à mon compteur, histoire de me payer le culot de leur dire de la fermer, parce que bon, yen a qui bossent... 

Jeudi, 9h40: Kevin détend enfin l'atmosphère en lançant en réponse à une de mes questions: "en fait, Cassio, c'est un gros bâtard". Tout le monde rit et je jubile, malgré le langage un peu trop spontané, de la pertinence de la remarque. (Merci Kevin!)

Jeudi, 9h55: 
Brandon en sortant: Oh Madame, ils m'ont trop énervé à parler tout le temps derrière moi là!
(Merci Brandon!!!)

Jeudi, 10h: ma collègue, inspectée juste l'heure après moi, m'apprend que la vie scolaire a trouvé particulièrement opportun de gérer des problèmes de vie scolaire pendant son inspection (petit exemple quotidien ici).

Jeudi, 11h15: 
L'inspecteur: Excellent, un très bon cours, vos élèves vont loin dans le travail, c'est bien! Mais vu que vous êtes déjà bien classée dans votre échelon vu votre note au concours, je ne peux pas vous augmenter. (Que-wah?) Mais c'était très bien!

Jeudi soir: je m'aperçois que l'inspecteur a tout simplement embarqué mon petit classeur avec mes documents. 
Voleur! Arnaqueur!

Vendredi, 8h: une vie plus légère commence...

lundi 19 novembre 2012

Nous n'avons pas les mêmes valeurs

Mes élèves se chargent souvent de me rappeler que nos références culturelles ne sont pas tout à fait les mêmes.

 
Mme Mélu: Savez-vous ce que représentent ces masques?
Brenda: Halloween?



Mme Mélu: Cyrano de Bergerac est un personnage populaire, il a été incarné au cinéma par Gérard Depardieu.
Kévin: Par qui?
Mme Mélu: Mais si, Gérard Depardieu...
Elèves perplexes....
Mme Mélu: Obélix!
Elèves: Ah ouiiiiiiiiii!



Mme Mélu: Avez-vous reconnu le conte dont est tiré cet extrait?
Kévin: Ouais, c'est le Chat Potté!
Mme Mélu: Non, mais c'est presque ça...
Elèves perplexes...
Mme Mélu: Quel est le conte qui a inspiré le Chat Potté, justement?
...
Mme Mélu: Vous ne connaissez pas Le Chat Botté?
Brenda: Ah ouais... Mais Madame, Botté, ça veut dire quoi?
Mme Mélu: Qui porte des bottes.
Kévin: ouais, je suis sur ça existe même pas comme mot...
"potté" a tellement plus de sens c'est sûr...



Mme Mélu: il faut savoir qu'à l'époque d'Othello et de Shakespeare, l'Italie comme pays n'existait pas, vous aviez des peuples rassemblés autour d'une cité, comme les Gênois, les Vénitiens et les Napolitains
Eclats de rire. Cette fois, j'anticipe:
Mme Mélu: Quoi, vous ne saviez pas qu'un napolitain, ce n'était pas qu'un gâteau mais aussi un homme originaire de Naples? Il ne vaut mieux pas que je vous parle de la bolognaise, alors...
Là, j'avoue, j'ai cherché: dix minutes pour ramener la conversation sur Shakespeare...



Et je vous passe les grands classiques.
Non, Corneille n'est pas un chanteur de R&B mais un écrivain français. 
Oui, Iago a été un vil manipulateur dans Othello avant d'être un perroquet dans Aladdin...
Et oui, Sexion d'assaut est un groupe de rap qui tire son nom d'une police nazie, ce qui étrangement n'a l'air de déranger personne...

lundi 22 octobre 2012

A la pêche aux perles...

Je sens que mon Journal est mal barré... Soit les élèves des années précédentes étaient particulièrement en forme, soit ceux de cette année sont décidément avares de perles. Et pourtant, ce n'est pas faute de leur tendre des perches grosses comme des troncs de baobab. Et oui, je suis une mauvaise prof: je pousse les élèves au vice. Petit florilège de mes situations pousse-au-crime préférées:

Etude du roman naturaliste Thérèse Raquin, de Zola:
Mme Mélu qui lit Zola: "Sur la poitrine verdâtre, les côtes faisaient des bandes noires ; le flanc gauche, crevé, ouvert, se creusait au milieu de lambeaux d’un rouge sombre. Tout le torse pourrissait". (source)
Elèves : beeeeeeeeuuurk!
Mme Mélu: Un problème? Je continue la lecture?
Elèves: On y tient pas...


Etude de la pièce Le Médecin Volant, de Molière, plus précisément de la scène où le faux médecin Sganarelle se livre à une analyse d'urine de la patiente... Jugez donc:
Mme Mélu qui lit Molière: "Ne vous étonnez pas de cela ; les médecins, d'ordinaire, se contentent de la regarder ; mais moi, qui suis un médecin hors du commun, je l'avale, parce qu'avec le goût je discerne bien mieux la cause et les suites de la maladie. Mais, à vous dire la vérité, il y en avait trop peu pour asseoir un bon jugement : qu'on la fasse encore pisser. (source)" 
Elèves morts de rire: AAAAAAAAAH c'est dégoutaaaaaaaaant! 
Mme Mélu: Qu'est-ce qui vous fait rire? 
Elèves: il a dit "pisser"! Muahahahahaha! Ca se dit pas, c'est familier! 
Mme Mélu: très bien, relevez dans la suite du texte les autres mots familiers qui ressemblent à celui-là. 
Elèves: AAAAAAAAH il dit aussi "pisseuse"! et "potion pissative"!!

Objectif pédagogique: montrer que chez Molière, le langage vulgaire et le bas corporel servent à ridiculiser la médecine. Check!


Etude d'Othello de Shakespeare, plus précisément de la scène 5 de l'acte II où Cassio, sérieusement aviné, se met à frapper sur Montano le gouverneur de Chypre.
Mme Mélu: Quelqu'un prend le rôle de Cassio et quelqu'un s'occupe des bruitages! Kévin et Dylan, à vous!
Kévin lisant Shakespeare: "Le drôle ! Vouloir m’apprendre mon devoir ! Je vais battre ce drôle jusqu’à ce qu’il entre dans une bouteille d’osier." (source)
Mme Mélu: Kévin, il est saoul! Il faut que tu aies l'air saoul, un petit effort!
Kévin : ba je fais comment, m'dame??!!!
Mme Mélu: bon, on verra, continuons... Il frappe Roderigo: Dylan, le bruit!
Dylan: ba je fais quoi?
Mme Mélu: Frappe!
Dylan: mais je frappe quoi?
Mme Mélu: la table, la chaise, le sol, n'importe quoi!!!
Objectif pédagoqique: montrer que la scène se caractérise par une montée en tension soutenue par une montée du niveau sonore. Check!

Etude d'Un long Dimanche de fiançailles:
Mme Mélu qui lit Sébastien Japrisot: "L'explosion ne l'avait pas touché, seulement projeté en l'air de son souffle, mais quand il s'était relevé, il était couvert du sang d'un camarade, couvert tout entier de sang et de chairs qu'on ne pouvait plus reconnaître, il en avait jusque dans la bouche, il crachait l'horreur, il en hurlait"
Elèves : beeeeerk c'est dégueu!!! 
Tirage de langue, spasmes de vomissements, moues dégoûtés... Je regrette parfois de ne pas être un appareil photo.

Je vous garde leur réactions aux sous-entendus sexuels des textes pour une prochaine fois. Et oui, la littérature est loin d'être un chaste fleuve tranquille...

lundi 15 octobre 2012

Françaises, Français, mes chers compatriotes...



Entendez-vous la Marseillaise qui résonne? Et oui, le début du mois d'octobre sonne le moment pour nos élèves d'accomplir leur devoir citoyen en élisant leurs représentants, autrement dit les délégués de classe.
Tous les ans, c'est la même mascarade: Mme Mélu essaye d'être une bonne professeure en expliquant à ses 6ème le rôle démocratique essentiel d'un délégué de classe, eux pour qui le mot même de "délégué" sonne à peu près aussi clairement que "polyéthylène expansé" ou "anamorphose référentielle". Tous les ans on espère donc quelque chose comme ça:

Mais hélas, tous les ans, ils préfèrent élire celui-là:

Hé oui, l'élection des délégués se transforme souvent en une espèce de concours de popularité mettant sur un piédestal le clown de la classe. Ils s'en mordent souvent les doigts en mars en constatant que leur idole ne s'est pas pointé aux conseils de classe ou arrive aux heures de vie de classe un quart d'heure avant la fin rapport à son manque de mémoire et d'organisation combiné ses retards chroniques. Et là, je jubile...

Pourtant, j'ai vu des élèves mettre les petits plats dans les grands pour se faire élire, avec badge, affiches, tracts, etc... Certains regardent probablement trop les séries américaines.

Dans mon collège, l'élection des délégués est un moment important, sacralisé, pour lequel on met les élèves en véritable situation de scrutin: date limite de dépôt de candidature, présentation d'une carte d'électeur, isoloir, urne, signature, dépouillement.

Dans les faits, cela se traduit par : date limite de dépôt de candidature avec changement d'avis au moment d'entrer dans la salle d'étude (rebaptisée bureau de vote pour l'occasion), présentation du carnet de correspondance (qu'ils ont oublié dans le sac de sport), isoloir (dont le rideau qui ne descend qu'à 1 m au-dessus du sol s'avère bien inutile pour des petits bout d'chou), urne, signature, dépouillement.

Encore une fois, les questions fusent:
"M'dame, je peux voter pour moi-même?"
"M'dame, on met combien de papiers dans l'enveloppe?"
"M'dame, on écrit quoi pour signer?"
Touchant...
Evidemment, avec moi il y a toujours le problème des élèves non francophones...
"M'dame, je fais comment pour choisir mon papier? Je sais pas lire le français..."
J'oublie trop souvent qu'à l'est de l'Allemagne, ils n'ont pas le même alphabet...

Une fois les héros du jour élus, la question de l'après se pose: la vie scolaire leur prévoit toujours un moment de formation pour leur expliquer comment tenir leur rôle au mieux.

Pour les plus grands, on leur propose alors de se présenter à l'élection des délégués élève au Conseil d'Administration. Là encore, il leur est bien expliqué l'importance que les élèves soient représentés lors des prises de grandes décisions concernant le collège et son fonctionnement, qui est après tout un lieu de vie pour eux aussi.
Nos espoirs s'effondrent lorsque Kelly et Mohamed, fraîchement élus délégués de 4èmeC, viennent poser leur candidatures pour le Conseil d'Administration:
"Ben oui, m'dame, on a envie de goûter les petits fours..."
 Qui leur a parlé du pot après le Conseil???

On me souffle dans l'oreillette que Mohamed a retiré sa candidature en apprenant que le pot était essentiellement composé de jambon et de saucisson et que Kelly l'a imité parce qu'elle ne voulait pas rater Secret Story. La ferveur politique tient à peu de chose...

lundi 8 octobre 2012

Questions de contrôle

Evaluer les élèves est toujours un grand moment. Evaluer des 6ème en début d'année est carrément surréaliste. 
La semaine dernière, ils ont planché sur leur premier devoir bilan. L'occasion pour eux de se confronter à un devoir global, long et faisant appel à plusieurs connaissances et compétences. A commencer par la mise en condition et la lecture des consignes.

Un devoir bilan de Français se présente presque toujours de la même manière: un texte pour vérifier les compétences de lecture, des questions de cours d'ordre culturel et littéraire et des questions de langue (grammaire, conjugaison, orthographe). 

Et pendant les 55 minutes que dure le bilan (un contrôle, donc a priori à faire dans le silence), les questions fusent..

"M'dame, il dure toute l'heure, le contrôle?"
"M'dame, on prend une feuille simple ou double?"
"M'dame, ça fait quoi si j'ai pas de feuille double?"
"M'dame, on peut regarder dans le classeur?"
"M'dame, je peux écrire en violet?"
"M'dame, quand vous dites dans la question 1 "donnez deux preuves que ce texte est un conte", c'est de quel texte que vous parlez?"
"M'dame, faut le lire, le texte?"
"M'dame, on peut regarder dans le dictionnaire pour la question d'orthographe?"
"M'dame, on a toute l'heure pour le contrôle?"
"M'dame, j'ai pas compris la question 5: c'est quoi le schéma narratif? C'était dans le cours mais j'me rappelle pas..."
"M'dame, quand vous dites à la question 3 "recopiez la bonne réponse sur votre copie", on l'entoure bien sur la feuille du sujet?"
"M'dame, ça fait quoi si on répond pas aux questions?"
"M'dame, ça dure toute l'heure le contrôle?"

Et pendant ce temps-là, je souffre pour les pauvres élèves normaux (et oui, il y en a) qui, d'un air inquiet, lèvent enfin une main pour demander:

"M'dame, si on a pas de question, est-ce qu'on peut le commencer, le contrôle?"
Et quand au bout d'environ 45 minutes et un nombre incalculable de "M'dame, quand on a fini, on fait quoi???", j'ai enfin un peu de calme pour commencer à regarder le paquet de copie de l'autre classe ramassé à l'heure précédente, mon moral est de nouveau mis à rude épreuve:

1°) Qui est l'auteur de ce texte? Que savez-vous sur lui?
C'est Charles Perrault. Je sais qu'il est auteur.

lundi 1 octobre 2012

Reprenons tout depuis le tout début

Il y a quelque chose qui me surprend toujours avec les débuts des sixième: c'est qu'il faut tout leur apprendre. Vraiment tout. Je me rappelle assez facilement qu'il faut leur apprendre à ne pas ranger leur classeur toute les dix minutes ou à ne pas sortir l'intégralité de leur sac sur le bureau à chaque cours. Mais pour certains, il faut même leur (ré)apprendre à se servir d'une feuille et d'un stylo. Dans les premiers paquets de copie que je ramasse, je tombe immanquablement au moins une fois sur ça:


Et oui, la marge à gauche, c'est loin d'être une évidence pour tout le monde.

Mais cette année, j'ai eu pire.

A la fin d'une séquence, je distribue aux élèves un petit papier avec la liste des points à revoir pour le contrôle. Et pour gagner un peu de papier (je suis une prof écolo), je leur propose de le coller tout simplement à la suite du dernier cours.
Soudain, c'est le drame!
"Madaaaaaaame, j'ai plus de place sur ma feuille!!!"


"Et bien, retourne-la".

"Hein? Comme ça m'dame?"


lundi 24 septembre 2012

Petits soucis matériels

Tout a commencé par une histoire de clés.
Dans mon établissement, si vous avez la clé d'une salle, vous pouvez a priori ouvrir toutes celles d'un étage. C'est fait pour, pour les urgences: si il y a un problème avec votre salle, vous en trouverez bien une à côté qui est inoccupée.
Sauf que depuis la création de ce système, bien des choses ont évolué: serrures cassées et changées, serrures antédiluviennes capricieuses...

Quelques exemples.

Situation 1: Mme Mélu a trop de la chance, sa salle va être refaite à neuf. Mais pendant ses heures de cours. Ce serait trop simple sinon. Donc je dois jongler avec toutes sortes de salles pour pouvoir faire cours, sur trois étages différents. Pendant six semaines.

La responsable des clés sort son immense trousseau de secours pour me confier un exemplaire de chacune des deux clés qui me manquent, presque à contre-coeur d'ailleurs car "on n'en a pas beaucoup des clés, alors vous nous les rendrez bien quand les travaux seront finis!!!"
Me voici donc en la précieuse possession de:
- la clé du couloir d'Histoire
- la clé du couloir de Maths
- la clé du couloir de Français puisque je peux parfois emprunter la salle des collègues, juste à côté.

 
 Arrive le lundi où ces clés entreront en action. Je commence par le couloir des maths. Heureusement, j'ai pris les devants: il est 7h30. 
J'introduis la clé dans la serrure. Impossible de la faire fonctionner. Dans tous les sens, soit elle tourne dans le vide, soit elle ne tourne pas du tout. Après cinq bonnes minutes à m'acharner, j'attrape une femme de ménage pour lui demander de l'aide (elles ont les clés de partout, ces sauveuses!).
"Ah mais c'est normal, cette salle, la serrure est trop vieille, la plupart des clés ne marchent plus avec!"
 
En même temps, voyant la clé, on se demande si on est dans un collège ou dans un monastère...

Deuxième essai le lendemain matin, couloir de Français. Là, je ne me fais pas de soucis: ma clé, je la connais, elle marche! 

Hum, visiblement, pas sur cette porte-là.

"Ah mais non, cette porte-là, c'est la seule à ne pas marcher: on a fait refaire la serrure, elle a sa propre clé".

Mouais mouais... les infos passent drôlement bien...

Heureusement, la porte de la salle d'histoire s'est ouverte sans encombre.
Comme quoi, un prof doit avoir son propre serrurier à portée de main. 
Surtout la semaine dernière.

Situation 2: en revenant d'une tournée de photocopie dans MA salle (flambant neuve, donc), je suis dans l'impossibilité d'ouvrir la porte. Et oui, on l'a repeinte, mais pas changée, cette porte, et la serrure a rendu l'âme, lâchant une énorme vis qui avait solidement soudé la porte à son cadre
Il a fallu que le principal vienne enfoncer la porte pour que je puisse entrer. 
En plus, il y avait mon sac et mes clés de voiture dans ma salle. Bloquée au collège par une serrure rebelle!!!
Prof, un métier d'action...

lundi 17 septembre 2012

Le Français est un outil pour toutes les autres matières... qu'y disait!

Après une semaine de cours, mes chers élèves commencent enfin à se lâcher!
Bon, pour les 6èmes, cela se manifeste par deux ou trois rappels des règles élémentaires : 

Oui, ce que je marque au tableau après "Français - pour lundi 17 /09", c'est des devoirs et oui, il faudra les faire.

Non, ce n'est pas parce que tu cries plus fort que moi que je vais t'écouter plus.

Non, "je suis allée faire les courses avec maman et après il y avait des invités donc je me suis couchée tard alors j'ai pas pu faire mes exercices de conjugaison" n'est pas une excuse valable pour ne pas faire ses devoirs.

Oui, je te parie tout ce que tu veux que tu peux travailler tout aussi bien en étant assis sur ta chaise. Et au passage, assis signifie les fesses sur l'assise et le dos contre le dossier, et pas autrement.

Le pire, c'est qu'ils sont en toute bonne foi, ces petits chéris. Et en général, il suffit d'une ou deux semaines pour que les choses se mettent à tourner tout seul. Même si parfois je me demande si certains professeurs des écoles ne devraient pas nous transmettre leurs habitudes de fonctionnement pour éviter de voir un élève se lever au beau milieu du cours pour aller tailler son crayon dans la poubelle ("Ben je vais pas le faire sur ma table!") rapport au fait qu'il pouvait se déplacer librement dans la classe en CM2. Vécu.

Pour les 3èmes, ce sont les fameuses perles que j'affectionne tant: eh oui, dans les cours de Mme Mélu, on parle. Beaucoup. Que voulez-vous, je suis une mauvaise prof : je ne parviens tout simplement pas à faire cours en savourant le silence religieux de mes élèves. Je les encourage même à exprimer leurs impressions et leurs incompréhensions, même dans une langue approximative, arguant qu'à nous tous, nous trouverons bien un moyen de le formuler correctement.
Conséquence inéluctable: leurs mots ont parfois tendance à dépasser leur pensée.

Mélu: Allez, révision express, il existe deux sortes de verbes. Les verbes d'action et les verbes...?
Elève en pleine réflexion: les verbes d'histoire?
Mélu: Non, non, en histoire, vous utilisez les mêmes verbes qu'en français. Et scoop, en maths et en SVT aussi!

Oui, d'accord, la blague était facile. Mais elle me rappelle une autre anecdote plus ancienne: avec une stupeur non dissimulée, j'avais découvert que les élèves écrivaient en introduction de leurs problèmes de mathématiques "Je sais que". Or, je m'arrachais les cheveux en soulignant trois fois en rouge leurs indécrottables "Je ne c'est pas" dans les copies de français. Un jour, je leur ai carrément posé la question et la réponse m'a scotchée:

"Mais enfin madame, c'est normal qu'on ne l'écrive pas pareil, c'est pas dans la même matière!".


lundi 10 septembre 2012

Brèves de salle des profs: question d'onomastique

A une semaine de la rentrée, les élèves sont encore impressionnés et pleins de motivations, ils se conduisent bien et ne rendent pas nos journées très folichonnes. Et oui, le 10 septembre, les élèves sont sages.

Ce n'est pas le cas des profs. 

Film Bad Teacher 

Qui retrouvent avec une lassitude non dissimulée les petits travers de leur établissement, comme la machine à café qui crache plus de mousse que de café, ou les estrades grinçantes des années 70. 

Et en tête de tous le NOM de notre collège. 
Car nous avons la particularité d'avoir pour nom de notre établissement celui d'un obscur journaliste et écrivain qui a dû certes marquer son temps dans notre région, mais qui fait bien peu rêver aujourd'hui. 
Imaginez un peu : le collège Raymond Dumay.


Mouais. Pour la plupart des gens, le collège Michel Dupond serait tout aussi parlant...

Alors on y met du fun comme on peut. On a appris récemment de la part de nos anciens élèves, bien plus imaginatifs que nous, que de nombreux détournements permettaient de lui donner un peu de ronflant, à bas de "Raymond Du-met un doigt dans son..."

Oui, je sais c'est nul. Mais ça déchaîne les salles des profs, qui se mettent immédiatement à imaginer une statue à l'effigie de ce prestigieux patronyme. Oui, nous sommes visionnaires et plein d'idées pour égayer nos journées.


Parce que nos élèves le connaissent bien, le Raymond. Il faut dire que sur chaque carnet de correspondance figure son portrait, grave, en plus gros que la photo même de l'élève. De quoi inspirer...

"Vous savez qui est Raymond Dumay?
- Ba ouais, c'est le mec à Berthe Morisot!"

Ah oui, petit détail. Le lycée de secteur, situé juste en face du collège, s'appelle le lycée Berthe Morisot. Les raccourcis vont vite.

N'empêche!!! Le lycée Berthe Morisot, ça fait quand même plus classe que le collège Raymond Dumay. Et quand j'y pense, moi qui ai vu passer des lycées et collèges Champollion, Louise Michel, Marie Curie, Aliénor d'Aquitaine, Stendhal, Jacques Prévert, Jules Ferry, sans parler du mythique Henri IV.

J'ai même vu, un jour, un collège du 8 mai. Avouez que ça en jette, non?

 
Je maintiens que ça a un rôle essentiel dans la réussite éducative



Alors nous avons lancé une idée, comme ça, un peu comme on jette un statut Facebook. Quel nom pour notre collège?

Et c'est là que notre collègue de mathématiques a dit qu'il y avait pire: certains élèves vont par exemple au collège Anne Frank. Glauque.

Il n'en fallait pas plus pour déchaîner notre esprit tordu délavé à l'humour noir. Nous avons ainsi proposé successivement:

Le collège Michael Jackson (and don't matter if you're black or white... or both!)

Le collège Claude François (avec préparation du BEP électricien).

Le collège Coluche (avec option sécurité routière)


Et pourquoi pas demander aux élèves? Quelle joie après tout d'étudier au collège Justin Bieber!

Pour ma part, je suis assez partante pour le collège du 1er mai. 

TOUTE SUGGESTION BIENVENUE!


mardi 4 septembre 2012

Rentrée en fanfare!



Après m'être délecté de mes deux mois de repos, me voici de retour sur le chemin de l'école. 

De la pré-rentrée, à part le café et les petites viennoiseries, j'en retiendrai surtout un ou deux petits problèmes qui en promet de beaux et gros en temps et en heures.

Dans sa grande mansuétude, notre ministre a décidé de nous allonger les vacances de la Toussaint à deux semaines complètes. Sympa, le mec!
 
Mais le cadeau n'est pas gratuit, non-non. Ce jeudi et ce vendredi  de cours, il faut les rattraper! Naïvement, je pensais que nous allions travailler jusqu'au 7 ou 8 juillet, puisqu'on n'est plus à ça près tant que les conseils de classes commenceront le 8 juin. 
Alors oui, les élèves viendront en classe jusqu'au vendredi 5 juillet inclus: et de une journée de récupérée!

Et pour l'autre? Facile! On prend deux mercredis dans l'année, et on vient l'après midi! Et roulez, jeunesse!
Rappelons que c'est un jeudi qu'il faut rattraper, soit les cours que les élèves ont le jeudi (c'est important, surtout pour les collègues qui ne voient les élèves qu'une fois dans la semaine comme la SVT ou l'éducation musicale). Donc ledit mercredi, les élèves auront le matin leurs cours habituels du mercredi, puis l'après-midi, les heures de cours d'un jeudi matin. Pour enchaîner le lendemain sur un autre jeudi (le vrai, celui-là)
Et la fois suivante, cours du mercredi matin-cours du jeudi après-midi, suivi d'encore un jeudi. Vous êtes perdus? Rassurez-vous, nous aussi, eux aussi, et ça promet de sacrés cafouillages à ce moment-là.

Mais ce n'est pas tout. Jusqu'à présent, notre académie avait un système tout simplement génial: prévoyant le jeudi de l'Ascension, où les parents d'élèves décident d'autorité de faire le pont (car qui se priverait d'un week-end de quatre jours au mois de juin?), elle nous permettait de rattraper ce vendredi de pont en reprenant les cours un jour plus tôt, soit le mercredi et non le jeudi, à la Toussaint. Brillant!
Mais avec ce rallongement des vacances, cette petite manip devient impossible. Nous voilà donc promis à une drôle de semaine en mai: lundi et mardi en cours, mercredi (8 mai) férié, jeudi (Ascension) férié et vendredi en cours. Je prends dores et déjà les paris sur les taux d'absentéisme de cette journée...


Une fois ce programme de réjouissance découvert, Mme Mélu, professeur principal de 6ème, vêtue de ses plus beaux atours et de son sourire ferme et rassurant, se voit confier la délicate tâche de les accueillir et de passer toute leur première journée avec eux sans les traumatiser mais en leur faisant comprendre que ça rigole plus!
Alors évidemment, ce premier jour, ils sont impressionnés, ils me regardent avec de grands yeux pleins d'appréhension, d'attente, dans lesquels on lit la moindre question et le soulagement d'avoir une réponse.
Élèves en classe 
 Est-ce que ma carte de cantine va fonctionner? Est-ce que le prof d'histoire est aussi méchant qu'il en a l'air? Est-ce que Mme Mélu écrira toujours aussi mal au tableau?

Et en 6ème, on rencontre des élèves sur lesquels on a pas pu être prévenu. Notamment les fameux primo-arrivant, autrement dit ceux qui ne parlent pas français. D'où des séances d'appel assez surréalistes:

Mélu: Comment t'appelles-tu?
Elève: Oui, oui
Mélu: Tu viens d'où?
Elève: Heu... oui?"

Ou même des drôles de fugitifs.
Mélu: Bon, on est tous là mis à part une absente, Latika Akitja
Elève: M'dame, c'est moi...
Mélu: C'est toi Latika?
Elève: Oui.
Mélu: Pourquoi tu n'as pas répondu quand j'ai fait l'appel?
Elève: J'ai pas écouté...
Mélu: Bon, tu me rappelles ton nom de famille??
Elève: Guma.
Mélu: ??? Et ton prénom, juste pour vérifier la prononciation?
Elève: Diana.
Mélu: ???

Et quelques minutes plus tard...
Toc toc!
Surveillante: Vous n'auriez pas une élève en trop? Diana Guma? Parce qu'elle est censée être dans la classe à côté, on la cherche depuis ce matin...

On s'est ensuite rendue compte que Latika était bien absente, et que Diana, ne connaissant pas assez le français pour saisir ce qui se passait lors de la répartition des élèves dans les classes, s'était incrusté dans ma classe à mon insu et ne comprenant pas vraiment ce que je lui disais, avait déduit que c'était d'elle que je parlais...


ZEN RESTONS ZEN
 Bonne année à tous !

vendredi 13 juillet 2012

Passe ton brevet d'abord!

Certes, le brevet des collèges n'a pas la même aura que le baccalauréat, mais il apporte tout de même son lot de stress pour les jeunes candidats de quinze ans qui le subissent, ne lui ôtons donc pas toute valeur. D'autant plus que vu son lot de questions stupides et de perles rutilantes, il a toute sa place ici. 

Nous voici donc au brevet de Français, la première échéance qui détermine le niveau de maîtrise de la langue française d'une immense majorité des adolescents français. Rappelons-le, le Diplôme National du Brevet (DNB pour les initiés, en bonne administration l'EN (Education Nationale) raffole des sigles obscurs) se déroulait cette année les 28 et 29 Juin.
Alors certes, nous n'avons pas eu un printemps exceptionnel et certes, l'été a mis du temps à s'installer. Mais tout de même. Nous autres professeurs bien intentionnés avions pris la peine de prévenir nos chers petits qu'en Juin, un étonnant phénomène climatique pourtant cyclique et auquel ils devraient être plus ou moins habitués se produit, à savoir l'été. Parfois même, il s'accompagne d'un véritable marronnier pour David P., Élise L., Jean-Pierre P. et Claire C. dans les différents JT à savoir la canicule, (souvenir douloureux d'une bachelière de 2003). 


En d'autres termes, un minimum de prévoyance s'impose lorsque l'épreuve se déroule de 14h à 16h (où si vous êtes sages, vous ne vous exposerez pas au soleil, n'est-ce pas?): 

Mélu: Pensez à apporter une petite bouteille d'eau, il risque de faire chaud...
Kévin: On peut amener du coca?
Mélu: Evite, ça fait du bruit quand tu l'ouvres...
Kévin: Mais non, ça fait pas de bruit, franchement ils abusent les autres si ça les dérange!
Mélu: Kévin, je comprends tout à fait au vu de tes trois bulletins que ton intérêt pour le brevet reste, même en ce 15 Juin, très limité, néanmoins je te recommande d'éviter de déranger des voisins hargneux pour qui l'enjeu est réel et/ou un surveillant de salle un tantinet tatillon...

Verdict le jour de l'épreuve.
Nombres de candidats: 102.
Nombres de bouteilles d'eau: 1 (j'ai compté).

Mais comme d'habitude, le collège avait anticipé le manque total de bon sens  l'étourderie due probablement au stress incommensurable de cette épreuve aussi attendue que redoutée: trois grandes glacières pleines de bouteilles d'eau fraîches les attendaient dans la salle d'examen pour l'épreuve de l'après-midi. 
Ce qui fait que le lendemain, à 8h30, avant même de préparer leurs copies ou que le sujet soit distribué, des dizaines de mains se sont levées: "ON PEUT AVOIR DE L'EAU?!"
Formez des assistés... c'est vrai qu'à 8h 30 du matin, une bouteille d'eau est THE urgence du moment.
Manque de chance, je surveillais ce matin-là. Je suis une mauvais prof...

- On n'en a prévu que pour les situations qui le demandaient, c'est-à-dire l'après-midi. Si vous vouliez plus, il fallait prendre vos dispositions.

Et ouais, pas de bras, pas de chocolat.

Vint ensuite le doux moment des corrections. Dans notre belle région, les candidats étaient invités à réfléchir sur un texte racontant l'histoire d'un calife qui, ayant perdu son chef cuisinier, organise une compétition de cuisine pour départager les deux postulants, mais se retrouve bien dépourvu en constatant que les deux lui servent exactement le même plat.
Ahem.
Quand on a passé l'année à faire travailler les élèves sur les buts de l'autobiographie, les enjeux de la littérature de guerre ou le fonctionnement de la poésie engagée, on a un moment de perplexité lorsque le sujet de l'examen interroge les élèves sur le conte
Quand je dis qu'on tend à infantiliser nos ados rebelles...

Si les questions ne comportaient aucune grande surprise, la réécriture en revanche a été un vrai festival.  Il s'agissait de mettre une phrase au passé composé (peut-être un des temps que les élèves utilisent le plus) et au pluriel.
Tout y est passé.
"Ce fut" transposé au passé composé a donné en vrac "c'eut été", "ce fûmes été", "ce serait été", "c'était", "ce avait été"... 
Mais ce n'est pas le pire. Un peu plus loin, "un plat fin, succulent et original" devait être passé au pluriel. Sur les trente copies que j'ai eu devant les yeux, deux seulement ont réussi à trouver le mot "originaux". Comme en témoigne cette petite conversation éclairante avec une élève après l'épreuve:

- Ba j'ai mis "originals". Ouais, je trouvais que ça faisait bizarre, mais je voyais pas ce que ça pouvait être à part ça...

Quand à la rédaction, hélas, les élèves ont fait preuve de bien peu d'imagination. Pour ma part, dès que j'ai vu le mot "Calife", j'ai pensé à ça:

Et quand un peu plus tard, j'ai vu que le Calife était (dixit le texte) un personnage dont tous craignaient la colère, j'ai espéré quelque chose comme ça: 

 
Mais il faut croire que les élèves ont eu peur et se sont contenté d'un Calife bienveillant, qui demande d'ailleurs à son peuple l'autorisation d'embaucher le cuisinier (ouf, ils n'auront pas versé dans le concept de tyrannie), car seule une copie a essayé de mettre un peu d'action et de vie dans cette histoire. Les plus délurées ont cependant imaginé que le Calife avait été interviewé par un journaliste, dévoilant ainsi ses goûts que les deux cuisiniers s'étaient empressés de satisfaire, ou encore que des caméras avaient été installées dans les cuisines afin de vérifier le travail des cuisiniers:
On sous-estime l'impact de la télé-réalité sur les productions scolaires...

De toutes façons, tout le monde sait bien que s'ils réussissent si bien leurs plats, c'est qu'ils les ont appris à "l'école de cuisinierie".

Sur ce, je suis allée me remettre de mes émotions dans un bon bouquin en me lamentant déjà d'entendre les collègues optimistes et bienveillants annoncer (selon les jours):

- Oh là là, les sixièmes / quatrièmes / troisièmes de l'an prochain, ça s'annonce gratiné!

Sur ce, je vous souhaite un bon été (je n'aurais rien à vous y raconter, je suis au chômage technique) et vous donne rendez-vous en septembre.

lundi 25 juin 2012

Rêve de mauvaise prof

Dans un monde parfait, où les professeurs pourraient faire ce qu'ils veulent avec budget illimités et tout à portée de main, voilà le genre de chose que j'aimerais faire.

Mes instructions officielles me demandent de faire lire à mes élèves trois oeuvres intégrales étudiées en classe et trois livres seuls, en autonomie, et des extraits de nombreuses autres oeuvres.

Parmi ces oeuvres, il faudra que l'on trouve:
- des récits d'enfances.
- des romans ou nouvelles contemporains.
- de la poésie engagée.
- de la poésie contemporaine (voire chanson à texte)
- de la tragédie.

Voici un schéma de cours idéal pour certaines de ces entrées.

Romans contemporains.
Etude du roman de Sébastien Japrisot, Un Long Dimanche de Fiançailles. Travail avec le professeur d'histoire pour synchroniser l'étude avec le cours sur la Première Guerre Mondiale.
Visite de Verdun, du mémorial, du musée...
Etude du film de Jean-Pierre Jeunet, partagée sur le cours d'Histoire et le cours de Français.
Elèves et profs béats...

Tragédie au théâtre.
Etude de la pièce Rhinocéros, d'Eugène Ionesco. Travail sur le théâtre de l'absurde et la notion de censure.
Sortie pour une représentation au théâtre.
Discussion avec acteurs et metteur en scène.

En pratique: 
Le roman de Japrisot coûte 7€50. Il faut 5h de route pour aller à Verdun, ce qui oblige à dépasser les horaires de classe et donc à faire payer le voyage par les familles. Nous n'avons pas les droits pour diffuser le film de Jeunet.
Conclusion: ayant peur d'exploser le budget et de finir avec une porte de salle de classe enfoncé (PUT THE MOUSE ON THE FLOOR!!!), voici la solution de secours:
Etude du roman de Didier Daenincks, Cannibale, à 4 €.

La pièce de Ionesco coûte 6€95, pas de théâtre à moins de 50 km.
Solution de secours: Le Cid, Corneille, 1€45.
Et pour réussir à rester dans le budget, achat pas l'établissement du DVD le moins cher, avec Sophia Loren et Charlton Eston (vous entendez Kevin au fond de la salle: "C'est qui, m'dame? Ils sont connus?")

Parce que l'école est gratuite, donc nous devons prendre en compte qu'on peut difficilement faire acheter 6 livres à 7 euros dans l'année à nos élèves.
Damned.

lundi 18 juin 2012

La séance est ouverte

Avec la fin de l'année scolaire, arrive le temps des conseils de classe, décision d'orientation et autres joyeusetés. Quelques perles choisies de ce que l'on peut y entendre.

Prof principal: Cette demoiselle demande un redoublement de sa 3ème. En effet, elle a un projet professionnel très précis et n'en démord pas. Elle veut être danseuse.
MMP (Mélu la mauvaise prof): Et quel est le problème?
Prof principal: Elle n'a jamais pris un cours de danse. Alors elle redouble...


Chef d'établissement: Et ce jeune homme, il a le niveau pour aller en seconde ou pas?
Prof principal: En théorie oui, mais à force de ne pas travailler...
Chef d'établissement: et bien faisons-le passer, et s'il ne se met pas au travail, il redoublera sa seconde! Suivant.


Prof principal: Je laisse la parole aux délégués des élèves.
Délégué: ben... les élèves trouvent qu'il y a une bonne ambiance... mais en fait on est pas trop d'accord parce que yen a surtout un qui le dit tout haut, et les autres ont trop peur de lui donc ils contredisent pas...


Prof principal : après moult négociation toute l'année, cette jeune fille a enfin consenti à marquer autre chose que "école d'esthétique" sur sa fiche d'orientation.
MMP: Ah, elle a enfin compris la notion de prudence?
Prof principal: Non, elle a enfin percuté au bout huit mois que l'école était privée et coûte 5000 euros l'année.


Chef d'établissement: bon, ce jeune homme a redoublé sa troisième car il demandait une Seconde Générale l'an dernier, mais il n'avait pas le niveau. Il est à 7,9 de moyenne cette année.. Il demande quoi, l'an prochain?
Prof principal: Seconde Générale...


Chef d'établissement: bon les délégués, vous vous dépêchez, parce qu'il est hors de question que l'on rate la deuxième mi-temps du match à cause de votre conseil!

lundi 11 juin 2012

Tu peux répéter?

Aaaaaah la fin de l'année et ses examens... Dont les fameux oraux. Au lycée, il y a l'inévitable bac de Français et son lot de petits bonheurs.

Le candidat: Alors heuuuuu Grand Un: un texte satirique, grand A critique de la société, grand B: critique du pouvoir, grand C: critique critique de la guerre.
Mélu: d'accord, et le Grand Deux?
Le candidat: Ben j'ai pas de Grand Deux, je savais pas quoi mettre dedans.
Mélu: ???
Ou d'incompréhension:

Mélu: Alors je vais vous interroger sur.... "La Charogne", de Baudelaire.
Yeux horrifiés de la candidate.
Mélu: Un problème?
La candidate: ben, j'ai été absente le jour où ce cours a été fait alors...
Agacement, mais la bienveillance reprend le dessus.
Mélu: Bon, le but n'étant pas de vous plomber, et comme vous avez fait tout le livre en œuvre intégrale, je vous interroge sur un autre poème de Baudelaire, ça vous convient mieux?
Yeux horrifiés. Agacement réel.
Mélu: Quoi, encore? Vous n'avez quand même pas été absente toute la séquence!
La candidate: ben une bonne partie, si...
Mélu: Vous avez eu des problèmes de santé particuliers?
La candidate: Non, non... J'étais en voyage en Italie....
Gros yeux de Mélu....
La candidate: Non mais en fait, "La Charogne", ça devrait aller...

Au collège, maintenant aussi, il y a de vrais plaisir pour les oreilles: l'oral d'histoire des arts.

Mélu: Peux-tu nous expliquer quand se passe le film?
La candidate: heuuu... pendant la guerre?
Mélu: Soit, laquelle?
La candidate: beeeeeeen... La Deuxième Guerre Mondiale?
Mélu: Non, essaie encore.
La candidate: .....
Mélu: Une guerre au début du XXième siècle?
La candidate: .....
Mélu: Qui commencerait vers 1914?
La candidate: .....
Mélu: Et se terminerait aux environs de 1918?
La candidate: .....
Mélu: Si c'est pas la DEUXIEME Guerre Mondiale, laquelle ça peut être?
La candidate: ..... La Troisième?

Et encore, celle-ci avait quelque chose à répondre. Il y aussi de grands moments de solitude:

Mélu: Nous avons fait une sortie, pour l'histoire des arts, tu te rappelles?
Le candidat: Ah non, j'ai pas fait de sortie, moi!
Mélu: Aaaah c'est moi qui l'ai accompagnée cette sortie alors je te garantis qu'on l'a faite! A Lyon!
Le candidat: aaaaaah celle-là!
Memo personnel: ne plus JAMAIS faire de sortie scolaire, vu ce que les élèves en gardent comme souvenir c'est parfaitement inutile.
Mélu: tu te rappelles ce que nous avons visité?
Le candidat: Le musée des Frères Lumière?
Mélu: Oui, et qu'ont-ils inventé les frères Lumière?
Le candidat: ben! La lumière!!!

lundi 4 juin 2012

Les profs sont des mauvais élèves

Faisons tomber le mythe: les profs sont pires que les élèves.
Par exemple, il ne faut pas les déranger pendant leur pause de midi, lorsqu'ils sont assis dans les fauteuils, un café à la main.

(élève qui vient frapper timidement à la porte de la salle des profs à 13h10) - Bonjour...
(profs du fond de la salle des profs, sur des fauteuils autour d'une table, qui tournent la tête mais dont pas un ne se lève) - Quoi?
- Il est là le prof de techno?
- Tu vois bien que non!
- Parce qu'on veut aller en salle multimédia, mais ... comment on fait pour allumer les ordinateurs?
(l'ensemble des professeurs présents, dans un bel ensemble) - TU APPUIES SUR LE BOUTON!!!


Mais nous sommes aussi les spécialistes des jeux de mots foireux, des lapsus à peine dissimulés ou des fautes de frappes graveleuses.

- "La vénus d'Ille" a été écrit par Prosper Mérimée...
- C'est marrant comme prénom, Prosper, m'dame.
- Et oui, comme le pain d'épice.
- Hein???
- Mais si, Pros-per, Youp-la-boum!
- Vous allez pas bien, m'dame?
- Laisse tomber... (coup de vieux...)



- Madame, vous nous aurez encore en Troisième?
- Peut-être... méfiez-vous, la troisième, ça ne rigole pas! Ca sera très long, et très dur... Kévin et Brandon, pourquoi vous rigolez???!!!


- La valse, c'est une musique à combien de temps?
- heu...
- A deux temps? à trois temps?
- Heu... à trois temps, j'crois..
- A mille temps? c'est tentant?
- Hein?????
- Non rien....



Conseil de classe, en présence des délégués élèves et parents, les bulletins sont projetés pour que tout le monde puisse les voir :
- Madame, il faudra corriger votre appréciation, je ne pense pas que vous ayez  voulu écrire sur ce bulletin "il ne faut pas baiser les bras"...

lundi 28 mai 2012

What else?

Pour masquer leur ignorance et leur incompréhension, les élèves n'hésitent pas à affirmer les pires aberrations avec un aplomb incroyable.



- Kévin, combien y a-t-il de syllabe dans cet alexandrin?
- Oh, à vue de nez, une trentaine...




- Qu'ont inventé les Frères Lumières?
- La lumière, bien sûr.


Et comme les élèves restent des mecs comme les autres:


- Vous êtes écrivain, vous faites un personnage de jeune fille toute pure, innocente, de quelle couleur l'habillez-vous?
- En blanc, m'dame!
- Et si vous voulez faire une séductrice, une femme fatale?
- Ben on l'habille pas, m'dame!

jeudi 24 mai 2012

Audition partielle

L'élève a une audition sélective. Une fois passées par son oreille, son cerveau et sa bouche, les sujets les plus sérieux et importants donnent des conversations absolument surréalistes. Généralement parce que tout ce qu'il entend est perturbé par le bruit de sa conversation avec son voisin, tout en tapotant machinalement son crayon sur la table. Comment voulez-vous comprendre correctement des mots nouveaux dans ces conditions?

- Madame, pour se faire comprendre, le personnage n'avait qu'à parler en morse!
- Oui, Jean-Stéphane, c'est vrai que...
- QUOI? Jean-Stéphane, il sait parler Martien?


- Madame, c'est ça, une dame blanche?
- Non Marie-Anaïs, la dame blanche, c'est l'histoire de la jeune fille sur le bord de la route qui monte dans les voitures et provoque les accidents...
- Hein quoi? Madame, vous pouvez répéter ce que vous avez dit sur l'histoire de la voiture blanche?


- Et c'est là que le langage familier...
- Hein? Ca existe, le langage familial?


lundi 23 avril 2012

Dégâts matériels

Depuis quelques semaines, je suis particulièrement épileptiques au traitement que les élèves font subir au matériel PAYE PAR VOS IMPOTS (hum) que l'établissement leur prête. Je ne compte plus le nombre de chaises cassées, de tables trouées (oui, trouées) que j'ai eu sous les yeux.

Pour les chaises, j'ai une explication: un élève ne sait pas s'asseoir. Parents, s'il vous plaît, veillez à ce que vos enfants apprennent à s'asseoir. Droit, avec les pieds par terre, et la chaise sur ses quatre pieds.
Parce que sinon il risque d'y avoir des mauvaises profs sadiques qui, constatant que l'élève est en train de se balancer sur sa chaise, va sournoisement s'approcher par-derrière pour appuyer d'un seul coup sur le dossier et remettre la chaise en place, provoquant chez ledit élève un mouvement de stupeur pouvant aller jusqu'à la chute au bas de ladite chaise.



Mais pire: il arrive que l'élève ait malencontreusement placé son pied sous le pied de la chaise (qui je le rappelle a vocation à rester sur le sol) et que cette manipulation lui occasionne l'écrasement de ses précieux orteils par son propre poids.