lundi 22 avril 2013

La parole est d'or

En ce moment, j'assiste à beaucoup d'oraux. Je m'incruste dans les rapports de stage, je fais le public en oraux de science. J'aime beaucoup: non seulement j'apprends des choses, mais en plus, je vois mes élèves sous un autre jour.
Mais j'avoue que ça dérape souvent.

Elève: "Alors j'ai fait mon stage à la gendarmerie... Ben c'était bien parce que le matin, on ne faisait pas grand-chose, on disait bonjour aux collègues et on buvait le café."

Elève: "Alors, concernant l'infertilité chez la femme, le premier problème, c'est les spermatozoïdes.... Ah non, pardon, c'est pas ça..."

Elève: "J'ai fait mon stage dans une pharmacie. Le premier jour, j'ai prescrit un médicament à un patient".

Elève: "J'ai fait mon stage dans une clinique vétérinaire. Alors le premier jour, on a euthanasié un chien. Le deuxième jour, on a euthanasié un chat. Le troisième jour, on a euthanasié un autre chien... En fait, en une semaine, j'ai vu cinq euthanasie."

Elève: "J'ai fait mon stage dans un laboratoire. Alors, ça c'est un pot pour les analyses de selles, et ça pour les analyses d'urines... Alors pour les analyses de selles, on met sur un papier pour vérifier la couleur...."

Et comme je suis une mauvaise prof, parfois, c'est même de ma faute.

Elève: "J'ai fait mon stage dans un salon de coiffure. J'ai commencé par préparer le café pour les clientes..."
Mme Mélu: "Un salon de coiffure qui sert du café aux clientes?"
Elève: "Oui, madame, il sert aussi du chocolat chaud"
Mme Mélu: "Donne moi l'adresse tout de suite!!!"

Elève: "Et donc pour éviter les insomnies, il vaut mieux faire le soit des activités relaxantes, comme lire ou regarder la télévision."
Mme Mélu: "Mais tu sais, on dit que regarder la télévision, avant de dormir ce n'est pas très bon..."
Elève: "Oui, en fait, il ne faut pas la regarder au lit, le lit doit servir à dormir et rien d'autre."
Mme Mélu: "Tu sais, on peut faire plein de choses dans un lit... Non, c'est pas ce que je voulais dire!"

Trop tard.

lundi 15 avril 2013

On ne m'y reprendra plus...

... et ben si.

Voyez-vous, pour mieux préparer nos élèves à cette épreuve redoutable et redoutée qu'est le Diplôme National du Brevet, nous avons organisé non pas un mais deux brevets blancs.

Petit Flash Back du Brevet Blanc n°1

(lumière d'ambiance, couleur sépia....)
On condamne la salle polyvalente, rebaptisée élégamment "sale peau!" depuis que les surveillants ont pris l'habitude de l'appeler "salle po'" devant des collégiens qui ne font pas toutes les connexions, et que nous connaissons tous sous sa fonction de salle d'étude.
On fait de son mieux pour répartir les élèves qui doivent être en étude dans des salles de classes.
On s'arrange pour faire tenir 114 tables individuelles dans la "sale peau!". Vu la distance d'un demi-double-décimètre entre chaque table, il devient très vite évident que la notion d'"individuelle" est fort surfaite.
En vue de faire commencer l'épreuve de Français (qui dure 3h15, pause comprise) à 13h45, on convoque les élèves à 13h30. Comme on croit encore au Père Noël et à tous les miracles de la Bible réunis, on pense sincèrement réussir à installer 114 élèves à des places désignées, les faire sortir leurs affaires, placer leurs sacs à l'avant de la salle, préparer leurs copies et faire l'appel en 15 minutes top chrono. 
Raté: on distribue les sujets en catastrophe à 13h50 avant de réaliser que les élèves ont toujours leurs sacs à leurs pieds. Et on passe 3 heures à râler que non, ils ne peuvent pas faire circuler leurs blancs/effaceurs/cartouches/règles/dictionnaires/calculatrices (que font ces calculatrices sur les tables pendant la rédaction, je vous le demande...) et que bon sang de ***, le jour de l'épreuve blanche, ils pourraient quand même faire l'effort d'avoir une trousse complète!

Comme nous tirons les leçons de nos expériences, le deuxième brevet blanc s'organise comme suit:

- les élèves sont largement prévenus qu'aucun échange ne serait-ce que d'un trombone ne sera autorisé pendant les épreuves.
- nous réquisitionnons une série de salle de classe pour répartir nos 114 élèves dans 5 salles d'épreuves. Ce qui demande bien évidemment 5 fois plus de surveillants, mais bon: il faut ce qu'il faut. Ce qui demande aussi 5 fois plus de professeurs de Français parce que bon, un professeur de Français, pour faire une dictée, c'est quand même mieux.


Jour J: 2ème Brevet Blanc
Accrochez-vous, c'est sportif.

7h30: le planning de surveillance et de réquisition pour le Brevet Blanc est affiché en salle des professeurs.
7h40: Mr Merlin signale qu'il lui sera difficile de venir installer les 3ème à 13h30 dans la mesure où il a cours de 13h à 14h.
"Pas de panique! " dit Mélu qui soigne son brevet blanc de Français (c'est mon épreuve à moi, quand même!). "Je te remplace pour installer les élèves, tu n'arriveras qu'à 14h!"

13h30: J'installe les 25 élèves prévues dans la salle qui m'est échue. 
13h40: Les consignes sont données, les sacs posés à l'avant, les copies prêtes, l'appel fait. Super Mélu avec un super groupe.
13h42: Brouhaha dans le couloir. Je sors jeter un oeil: le groupe de la salle d'examen d'à côté n'est pas rentré s'installer et poireaute toujours devant la salle. Je jette un oeil sur le planning de surveillance: la collègue chargée de venir à 13h30 au lieu de 14h pour l'appel n'a pas jugé utile de se déplacer. Sympa. En plus, c'est une prof de Français. En plus, de 3ème. Genre, elle peut pas trop prétendre n'être pas concernée, quoi. La notion de conscience professionnelle est elle aussi drôlement surfaite.
"Pas de panique! dit Mélu. "Mon groupe est prêt en avance, je peux prendre 3 minutes pour installer le groupe dans la salle d'à côté".

13h45: le principal adjoint nous apporte les sujets. L'épreuve commence. 
14h00: Mr Merlin arrive et me relève pour la surveillance. Je profite de cette heure libérée (vu que mes élèves sont en examen blanc) pour aller remplir quelques bulletins (et je passe en moins de vingt secondes de "prof de 3ème en examen" à "prof principal de 6ème" et non je suis pas schizophrène). 
14h20: je passe en salle des professeurs et je discute un moment avec mon collègue de Français à propos du sujet de Brevet Blanc que nous avons conçu ensemble.
14h40: je me rends compte que les 2 professeurs de Français de 3ème sont libérés, en salle des professeurs, alors que d'autres collègues ont été envoyés surveiller l'épreuve de Français du Brevet Blanc. Logique imparable. 
14h45: Je retourne dans la salle d'examen pour la dictée.
15h15: Je rédige quelques consignes pour les collègues qui prendront la suite de la surveillance: oui les élèves ont le droit au dictionnaire, non ils n'ont pas droit à l'Iphone et attention: il  y a deux sujets de rédaction AU CHOIX sur le papier ce qui veut dire qu'ils n'en font QU'UN SEUL. On n'est jamais assez clair.
15h20: Je récupère mes 6ème qui m'attendent depuis 20 minutes en étude pour ce qui reste de leur cours.


Le lendemain matin...
8h: J'attends mes 6ème devant ma salle.
8h10 : J'apprends que vu le bazar de réorganisation des cours dû au Brevet Blanc, le chef avait oublié de valider que je prenais les 6ème à 8h. Du coup, ils sont en Maths. J'ouvre un bouquin.

9h: Début de l'épeuve de Maths du Brevet Blanc avec les 3ème. Je surveille pendant 2 heures. Sans relève.
9h30: Je maudis la fameuse "tâche complexe" du sujet de Maths parce que je suis sûre qu'en utilisant un vieux souvenir de théorème qui parle d’hypoténuse, je peux trouver la distance entre les deux lumières sur le schéma, et pourtant je bloque à la dernière étape. J'enrage. Je ferais bien un schéma taille réelle sur une feuille de brouillon, mais si l'élève devant moi me voit faire, elle risque de me copier dessus en pensant que JE SAIS.
9h50: Sonnerie de la récréation. Je ressens une forte envie de café. Je suis complètement conditionnée.
10h05: Sonnerie de la fin de la récréation. Je me sens très seule dans ma salle remplie de matheux avec mon manque de caféine. 
10h30: "Oui, Kevin? "  "Madame, j'ai oublié mon rapporteur..." Pourquoi faut-il que dans une salle d'examen, le seul guignol qui se fasse remarquer alors qu'on a enfoncé tous les clous possibles, c'est un de MES élèves??? Kevin, je vais te jeter par la fenêtre. Et en revenant, s'il te plaît, passe me chercher un café.
11h: Fin de l'épreuve. Je me jette sur les bons élèves pour leur supplier de me montrer comment trouver la distance entre les deux lumières dans la tâche complexe de l'exercice 3.
11h05: Je trouve en salle des profs mon quota de copie de l'épreuve de Français d'hier à corriger. Par curiosité, je jette un oeil sur le tas de rédaction.
La première copie me semble bien longue....
Visiblement, le sens des mots "au choix" n'est pas acquis en 3ème.

lundi 8 avril 2013

Sortez une feuille, dictée!

La dictée fait partie des exercices aussi redoutés que sacralisés. Regardez d'ailleurs autour de vous: la plupart des gens sont d'accord pour dire que l'orthographe, c'est difficile, mais que faire des fautes, quand même, ça craint...

Pour ma part, je la fais descendre un peu de son piédestal et je n'insiste dessus qu'avec les 4ème et les 3ème où elle prend du sens au vu de l'approche de l'examen du brevet où une dictée de vingt lignes notée sur 6 malheureux points fait trembler nombre de collégiens.

Quelle n'a pas été ma surprise, en conseil de classe de 6ème, d'entendre la déléguée des parents d'élèves me dire:
"Les parents trouvent qu'ils ne font pas assez de dictée. Parce qu'ils écrivent mal".

Chère madame. Croyez-vous sincèrement que lorsqu'un élève arrive en 6ème, à douze ans, en faisant trois fautes par mots, une dictée par mois aura un effet miraculeux et le transformera en Bernard Pivot Junior? C'est être bien optimiste... A mon sens, cela ne servira qu'à le fâcher avec sa moyenne et à le faire douter de sa propre langue: il est déjà bien difficile pour eux d'arriver à écrire correctement les mots qu'ils comprennent et utilisent, imaginez une seconde ceux qui leurs sont étrangers.

 Ainsi la phrase "il ne l'avait jamais vu auparavant" devient en copie "il ne l'avait jamais vu au paravent".
Et le verbe "ondoyer" devient "ondouailler" avec une rigueur exemplaire, non?

Mais c'est justement chez les 6ème que les réactions face aux dictées sont les plus violentes.

"Kevin, ça fait trois fois que je répète la phrase et tu ne l'as toujours pas écrite.
- Oui, je sais!
...
- Kevin, tu as deux phrases de retard, à quoi tu joues?
- Oui, nan mais je sais!
...
- Kevin, trois phrases de retard!
- Oui, je sais.
...
- Bon, on a terminé, je relis tous le texte depuis le début. Kevin, profites-en pour rattraper un peu le retard.
- Oui, oui.
...
- Bon, je vous laisse relire tranquillement pour chercher vos fautes.
Kevin lève la main:
- Madame, ya quoi déjà après "princesse"?
Et Mme Mélu qui se retient de jeter Kevin par la fenêtre en constatant qu'il s'est bien arrêté à la première phrase.
Et lors de la correction de ladite dictée:
Kevin: M'dame, pourquoi j'ai zéro? J'ai que 3 fautes!
Le concept même de la dictée semble donc leur échapper.

Au fait, savez-vous quelle est la première question que posent les 6ème, quand on commence la dictée?
-Madame, les fautes d'orthographe, ça compte?

lundi 25 février 2013

Poor lonesome teacher

Ce que les gens pensent que je fais pendant deux semaines:


Ce que je fais vraiment:


Ouais, je sais, bien fait pour moi...

lundi 18 février 2013

Sur les chapeaux de roues

Un lundi matin de ces dernières semaines, en arrivant en salle des professeurs, je trouve une petite note dans mon casier:
La maman de Céline Dubois vient de nous apprendre que sa fille suite à une blessure, se déplacera en fauteuil roulant. Elle ne peut donc plus accéder à l'étage des matières littéraires et artistiques. Elle n'assistera plus aux cours d'art plastique et d'éducation musicale, et tous les cours d'histoire et de français de la classe seront transféré au rez-de-chaussée, dans la salle inoccupée.
Alors déjà, j'ai frémi, parce que si la salle inoccupée du rez-de-chaussée est inoccupée, c'est essentiellement parce qu'elle ressemble à un obscur placard à balai dont personne ne veut.

Mais surtout, Céline Dubois, élève de 6ème, s'est déjà bien fait remarquer par la professeure principale attentive que je suis. Céline Dubois n'aime pas l'école, fait des caprices à sa maman, donc elle ne vient pas en classe parfois. Souvent les jours où il y a contrôle. Souvent les jours où il y a EPS (parce que Céline n'aime pas trop ça, l'EPS). Céline Dubois emprunte les classeurs des autres élèves pour rattraper les cours qu'elle manque, mais comme elle est de nouveau absente ensuite, elle ne les restitue pas. Céline Dubois a déjà épuisé toute la page du carnet de liaison sur laquelle on signale les travaux non faits où le matériel absent.

Bref: Céline Dubois m'énerve.

Alors quand je vois qu'il faut déménager toute la classe de 6ème pour une élève qui est absente un jour sur deux, j'ai tendance à grincer un peu des dents. Mais passons. Sa blessure, elle ne l'invente pas, ne lui faisons pas de procès d'intention.

Donc Céline Dubois est arrivée en fauteuil. Outre le fait qu'il faille en permanence la pousser (elle ne semble pas avoir compris que les barres métalliques autour de ses roues ne sont pas là pour la déco), elle a eu quelques effets secondaires sur la classe.

Saviez-vous que les 6ème doivent toujours être huit pour pousser le fauteuil?
"Si-si m'dame, je vous jure, on est pas en retard, on était en train d'accompagner Céline! Tous!"

Saviez-vous qu'un ascenseur peut contenir un nombre impressionnant de personnes autour dudit fauteuil? Quand la porte s'ouvre devant moi, j'en vois sortir encore, et encore...

Saviez-vous qu'un fauteuil peut servir de bélier? Même contre la satané Mme Mélu qui pourrait au moins se pousser de devant la porte pour laisser le fauteuil rentrer en premier, allez bam!

Vous l'aurez compris, les 6ème ont trouvé là un nouveau jouet.

Malheureusement, comme tous les enfants, ils s'en sont vite lassés. Surtout quand Céline a recommencé à faire des caprices ou des maladies plus ou moins imaginaires (elle a été déplâtrée puis replâtrée, ils pourraient apprendre leur boulot ces médecins tout de même!)(pardon, encore un procès d'intention...) et donc que les élèves se sont vus condamnés à avoir cours dans le placard à balai sans raison, ou à se voir emprunter leurs affaires sans qu'on les leur rende...

Du coup, maintenant, il arrive que le fauteuil de Céline reste planté au beau milieu du couloir sans que personne ne le pousse.

Ou qu'elle reste seule dans la classe à la sortie parce que personne ne l'emmène.

Oui, la cruauté des enfants est sans limite... Et comme je suis une mauvaise prof, je n'ai pas pu m'empêcher d'en éprouver un peu de satisfaction. Niark niark.

Mais au-delà de ces cocasses anecdotes à roue, il y a bien évidemment un bug de départ: pourquoi ce fichu ascenseur ne peut-il pas accéder à toutes les salles du collège? Oh mais dites-moi est-ce qu'on ne serait pas aux normes???? Est-ce qu'on ne craindrait pas un petit procès?

lundi 11 février 2013

Doit y avoir un piège

Je me souviens avec nostalgie de mes heures de version latine, lorsque j'étais en khâgne, où le dictionnaire était autorisé (ce bon vieux (et lourd) Gaffiot) et où nous nous étions empressé de rajouter quelques pages histoire d'y retrouver nos déclinaisons et conjugaison, en cas de trou de mémoire...

Notez: version latine + khâgne + future prof = c'est une bonne élève qui parle.

Il semblerait que même l'art de tricher correctement soit réservé aux bons élèves. 

Ou l'art d'utiliser correctement le matériel qui nous est échu.

Lorsque mes élèves planchent sur le bilan d'un livre étudié en intégralité, ils ont la possibilité d'utiliser ce livre pendant le contrôle. Je suis bien sûre tout particulièrement attentive à ce qu'ils n'y planquent pas des antisèches, mais je me dis que je m'inquiète pour rien: ils ne regardent pas ce livre qu'ils ont pourtant le droit d'utiliser.

NB: dans les cas qui suivent, je vous ai bien sûr sélectionné les copies qui avaient osé une réponse, omettant toutes celles qui avaient soigneusement éludé la question.

Q: Quel est le titre de l'autre livre écrit par l'auteur de l'Odyssée?
R1: L'auteur de l'Odyssée est Homère.
R2: Le titre de l'autre livre est "Ali Baba et les quarante voleurs".
R3: Le titre de l'autre livre est Lylliade.
Extrait de la première page du livre (qui avait été étudié avec les élèves pendant la séquence, précisons-le, donc ils ne pouvaient en ignorer l'existence):



"Ah ouais mais il fallait chercher DANS le livre aussi..." Ok

Q: En quelle année est né et mort William Shakespeare?
R: Shakespeare est né en 1721 et mort en 1744.
Extrait de la quatrième de couverture du livre:


"Ouais, mais RETOURNER le livre, faut y penser, et puis c'est pas obligé que les dates de l'auteur y soient..."
(C'est vrai qu'on le manipule pas depuis un mois ce livre, il n'aurait pas été stupide de le retourner au moins une fois...) Mais soit:

Q: Qui est l'auteur du Petit Prince?
R: L'auteur du Petit Prince est Charles Perrault.
Extrait de la couverture du Petit Prince:

Dois-je vraiment passer aux questions de cours?

lundi 4 février 2013

Where no pupil has gone before...

Nous avons eu, mes collègues et moi, la bonne idée d'interroger nos élèves de 3ème sur la science-fiction dans le (sacro-saint et redouté) brevet blanc.
Enfin, interroger...
Leur proposer de lire un texte de science-fiction et de trouver qu'il s'agissait d'un texte de science-fiction, la présence des mots "planète" et "astronef" devant leur mettre assez subtilement la puce à l'oreille.

Car vous l'ignorez peut-être, mais le D(iplôme) N(ational) du B(revet) nous offre en 2013 sa toute nouvelle mouture. Dans laquelle ils ont osé commettre une horreur.
Nan mais une vraie.
Ils nous demandent d'interroger les élèves sur des questions de CULTURE.
 

Genre le truc qui s'apprend pas dans le cahier et qui oblige à éteindre Facebook ou les Frères Scott de temps en temps (et non Sexion d'Assaut ne compte pas).

Alors pour le premier coup, on a fait soft en se disant que bon, reconnaître l'univers austenien ou les références aux grandes dictatures du XXième siècle dans la littérature était un peu ambitieux pour des jeunes qui pensent que François Mittérand était contemporain de Victor Hugo et que les Chtis à Las Vegas sont un symbole de réussite sociale, donc nous avons choisi de leur demander de reconnaître ce qui dans le texte relevait du film d'horreur futuriste (des fois que l'un d'eux ait l'idée lumineuse de regarder Alien ou La Planète des Singes (mais pas celui de Burton) (quoi que c'est toujours mieux que rien comme point de départ))

A notre grand soulagement, la question n'a pas semblé trop leur poser de problème. 

Mais l'arbre masquait la forêt. Dès la question grammaticale suivante.

Q: "Relevez deux comparaisons et expliquez leur rôle dans l'impression d'horreur que produit la planète".
R: "Les deux comparaisons sont "comme un serpent" et "comme un caméléon". Cela crée l'horreur car on compare avec des insectes et personne n'aime les insectes, ça fait peur.

Ca me rappelle vaguement ma collègue de SVT qui se plaignait que les 6èmes classaient spontanément le lézard parmi les plantes...

Mais le pire, comme toujours, tient dans la rédaction. Certains se plaignent que les jeunes ne savent pas faire une phrase sans y outrager vingt-huit fois l'orthographe. Moi, j'aimerais parfois que ce soit le seul problème.

Premier sujet: les élèves devaient écrire un texte de réflexion expliquant s'ils aimaient ou pas les livres et les films de science-fiction.

Outre le fait que certains n'ont pas compris que "de science-fiction"portait autant sur les films que sur les livres et se sont empressé d'écrire un texte expliquant pourquoi ils n'aimaient pas les livres (l'occasion était trop belle!), d'autres ont soigneusement expliqué ce qui ne leur plaisait pas dans Harry Potter ou le Seigneur des Anneaux.

Je vous rappelle, hein: "astronef", "planète"...

Le deuxième sujet demandait aux élèves de raconter la suite et la fin de l'histoire de ce navigateur, bloqué sur une planète hostile suite à la panne de son astronef.

Et là...

Voici un petit texte type de tout ce qui m'a poussé à conclure que ces élèves avaient dû rater quelque chose au cours des quatorze dernières années.

Le navigateur se lance donc dans l'exploration de la planète horrible et hostile. Il découvre une grotte, bien pratique pour qui a besoin de s'abriter. Le navigateur l'explore donc, dans ses moindres recoins, puis il monte à l'étage (oui, sur cette planète, les grottes ont des étages). C'est alors que le navigateur tombe nez-à-nez avec une créatures horrible et hostile (notez la richesse du vocabulaire). Mais alors qu'il pense qu'elle va le dévorer, elle se est en fait gentille et ils deviennent amis. Le navigateur se dit alors que la créature pourrait l'aider à réparer son astronef. Il ramène donc son astronef (en panne, rappelons-le) dans la grotte (à la force de ses petits bras, donc). Et alors que le navigateur regarde ailleurs, la créature répare l'astronef (comment? et ben tu sauras pas!) Le navigateur quitte donc la planète en laissant la créature. Il rentre sur Terre montrer les photos qu'il a pris de la créature. Quelques années plus tard, le navigateur décide de retourner voir la créature, mais arrivé sur la planète horrible et hostile il se rend compte que la créature est morte car elle était très vieille. Donc il décide de repartir mais il ne trouve pas la sortie (de la planète? essaye vers le haut, on ne sait jamais...). Mais au bout d'un moment, il trouve la sortie sans faire exprès et peut rentrer.

Musso et Lévy, accrochez-vous, la relève est assurée...

mercredi 23 janvier 2013

Les petits oiseaux, les petites abeilles...

Autant avec les grands élèves, il est facile de jouer sur les mots et d'attirer leur attention par toutes sortes de sous-entendus.

Avec les petits élèves de 6ème, c'est parfois si dur de pendre en compte leur innocence...

Cours sur les récits de la mythologie.

- Madame, vous avez bien dit que Jupiter, il se métamorphosait pour enlever des jeunes filles?
- Oui, c'est bien ça.
- Mais pourquoi il faisait ça?
- Parce qu'il tombait amoureux.
- Mais si elle l'aimait pas, elle?
- Tu sais, c'est un Dieu, on a vu que les Dieux ne demandent pas toujours leur avis aux mortels...
- Mais du coup, avec Europe, là, il l'emmène où?
- Hé bien... loin, sur une île, pour l'avoir à lui tout seul...
- Et pendant combien de temps? Et ils faisaient quoi?
- Hé bien heu... Pendant quelques temps, jusqu'à ce qu'elle rentre chez elle par exemple...
- Mais il restait pas avec elle après l'avoir enlevée alors?
- Non, ensuite il la laisse quand ils... heu.... quand il ne l'aime plus.
- Et ensuite il en enlève une autre?
- Oui, il tombe amoureux souvent.
- Mais il est pas marié, Jupiter?
- Si, avec Junon.
- Mais il aime pas sa femme?
- Heu... si, mais tu sais, les Dieux, heu...
- Mais c'est bizarre, quand même, Madame!!!

Ahem...

lundi 3 décembre 2012

Les joies de l'inspection

Lundi, 13h:
Chef d'établissement: Mme Mélu, l'inspecteur vient jeudi matin avec les 3ème.
Mme Mélu: Que dois-je préparer pour sa venue?
Chef d'établissement: Je vous ai tout envoyé par mail.

Lundi, 13h30:
L'agenda de prof de Mme Mélu annonce que le jeudi, les élèves devaient corriger le contrôle, chose peu palpitante que l'inspecteur ne voudra probablement pas voir...
Brans-le-bas de combat:  que faire ce jour-là? Un extrait d'Othello alors que les élèves n'ont pas fini de lire la partie du livre demandé? Je me tâte...

Lundi, 16h:
Mme Mélu: Jeudi, nous recevrons la visite de l'inspecteur.
Les 3ème: Quoi! Non! J'ai trop peur! Au secours!!!!!
Mme Mélu, interloquée: Mais de quoi avez-vous peur?
Les 3ème: Qu'il soit méchant!
???!!!!
Mme Mélu: De toutes façons, c'est moi qu'il vient voir, donc la seule chose que vous devez craindre, ce sont mes terribles représailles! Dans le doute, comme on ne se revoit pas avant jeudi, je vais garder deux classeurs bien tenus, comme ça s'il veut en voir un, j'aurai de quoi lui montrer.

Lundi 18h
Mail du chef d'établissement: Mr l'inspecteur souhaite que les classeurs des élèves soient à jour, faites-leur ramener tous les cours depuis le début de l'année.
Il aurait bien sûr été trop simple de me le dire ce midi AVANT que je vois les élèves pour la dernière fois.

Mardi 14h
Mme Mélu: C'est toi le prof principal des 3ème? Tu peux leur demander de ma part de remettre dans leur classeur tous les cours depuis le début de l'année?
Mr Merlin: Ils vont hurler...
Ou comment me fusiller ma superbe technique d'archivage de cours, rapport au poids des cartables que l'on nous reproche régulièrement.

Mercredi après-midi: séance prête, documents exigés prêts, extrait de film adapté du livre prêt, j'évite surtout de trop regarder ce que j'ai à faire pour ne pas trop me dire que c'est absolument nul et qu'il faut tout recommencer.

Jeudi matin, 8h55: je dépose sur une table au fond de la salle les deux classeurs tenus comme des registres de ministres (merci les filles!) et un petit classeur dans lequel figurent quelques documents pour aider l'inspecteur à suivre: le chapitre dans lequel nous sommes, les objectifs du jour, ma progression annuel et bien sûr, le texte d'étude.

Jeudi matin, 9h00: morituri te salutant... (et là, je parle des élèves...)

Jeudi, 9h20: un brouhaha de bavardages s'installe dans ma salle. Je scrute la salle, prête à aboyer... L'inspecteur est lancé dans une grande conversation avec le principal, à voix presque haute, au fond de ma salle. Les élèves me regardent, désemparés. Si seulement j'avais quelques années d'expérience de plus à mon compteur, histoire de me payer le culot de leur dire de la fermer, parce que bon, yen a qui bossent... 

Jeudi, 9h40: Kevin détend enfin l'atmosphère en lançant en réponse à une de mes questions: "en fait, Cassio, c'est un gros bâtard". Tout le monde rit et je jubile, malgré le langage un peu trop spontané, de la pertinence de la remarque. (Merci Kevin!)

Jeudi, 9h55: 
Brandon en sortant: Oh Madame, ils m'ont trop énervé à parler tout le temps derrière moi là!
(Merci Brandon!!!)

Jeudi, 10h: ma collègue, inspectée juste l'heure après moi, m'apprend que la vie scolaire a trouvé particulièrement opportun de gérer des problèmes de vie scolaire pendant son inspection (petit exemple quotidien ici).

Jeudi, 11h15: 
L'inspecteur: Excellent, un très bon cours, vos élèves vont loin dans le travail, c'est bien! Mais vu que vous êtes déjà bien classée dans votre échelon vu votre note au concours, je ne peux pas vous augmenter. (Que-wah?) Mais c'était très bien!

Jeudi soir: je m'aperçois que l'inspecteur a tout simplement embarqué mon petit classeur avec mes documents. 
Voleur! Arnaqueur!

Vendredi, 8h: une vie plus légère commence...

lundi 19 novembre 2012

Nous n'avons pas les mêmes valeurs

Mes élèves se chargent souvent de me rappeler que nos références culturelles ne sont pas tout à fait les mêmes.

 
Mme Mélu: Savez-vous ce que représentent ces masques?
Brenda: Halloween?



Mme Mélu: Cyrano de Bergerac est un personnage populaire, il a été incarné au cinéma par Gérard Depardieu.
Kévin: Par qui?
Mme Mélu: Mais si, Gérard Depardieu...
Elèves perplexes....
Mme Mélu: Obélix!
Elèves: Ah ouiiiiiiiiii!



Mme Mélu: Avez-vous reconnu le conte dont est tiré cet extrait?
Kévin: Ouais, c'est le Chat Potté!
Mme Mélu: Non, mais c'est presque ça...
Elèves perplexes...
Mme Mélu: Quel est le conte qui a inspiré le Chat Potté, justement?
...
Mme Mélu: Vous ne connaissez pas Le Chat Botté?
Brenda: Ah ouais... Mais Madame, Botté, ça veut dire quoi?
Mme Mélu: Qui porte des bottes.
Kévin: ouais, je suis sur ça existe même pas comme mot...
"potté" a tellement plus de sens c'est sûr...



Mme Mélu: il faut savoir qu'à l'époque d'Othello et de Shakespeare, l'Italie comme pays n'existait pas, vous aviez des peuples rassemblés autour d'une cité, comme les Gênois, les Vénitiens et les Napolitains
Eclats de rire. Cette fois, j'anticipe:
Mme Mélu: Quoi, vous ne saviez pas qu'un napolitain, ce n'était pas qu'un gâteau mais aussi un homme originaire de Naples? Il ne vaut mieux pas que je vous parle de la bolognaise, alors...
Là, j'avoue, j'ai cherché: dix minutes pour ramener la conversation sur Shakespeare...



Et je vous passe les grands classiques.
Non, Corneille n'est pas un chanteur de R&B mais un écrivain français. 
Oui, Iago a été un vil manipulateur dans Othello avant d'être un perroquet dans Aladdin...
Et oui, Sexion d'assaut est un groupe de rap qui tire son nom d'une police nazie, ce qui étrangement n'a l'air de déranger personne...

lundi 22 octobre 2012

A la pêche aux perles...

Je sens que mon Journal est mal barré... Soit les élèves des années précédentes étaient particulièrement en forme, soit ceux de cette année sont décidément avares de perles. Et pourtant, ce n'est pas faute de leur tendre des perches grosses comme des troncs de baobab. Et oui, je suis une mauvaise prof: je pousse les élèves au vice. Petit florilège de mes situations pousse-au-crime préférées:

Etude du roman naturaliste Thérèse Raquin, de Zola:
Mme Mélu qui lit Zola: "Sur la poitrine verdâtre, les côtes faisaient des bandes noires ; le flanc gauche, crevé, ouvert, se creusait au milieu de lambeaux d’un rouge sombre. Tout le torse pourrissait". (source)
Elèves : beeeeeeeeuuurk!
Mme Mélu: Un problème? Je continue la lecture?
Elèves: On y tient pas...


Etude de la pièce Le Médecin Volant, de Molière, plus précisément de la scène où le faux médecin Sganarelle se livre à une analyse d'urine de la patiente... Jugez donc:
Mme Mélu qui lit Molière: "Ne vous étonnez pas de cela ; les médecins, d'ordinaire, se contentent de la regarder ; mais moi, qui suis un médecin hors du commun, je l'avale, parce qu'avec le goût je discerne bien mieux la cause et les suites de la maladie. Mais, à vous dire la vérité, il y en avait trop peu pour asseoir un bon jugement : qu'on la fasse encore pisser. (source)" 
Elèves morts de rire: AAAAAAAAAH c'est dégoutaaaaaaaaant! 
Mme Mélu: Qu'est-ce qui vous fait rire? 
Elèves: il a dit "pisser"! Muahahahahaha! Ca se dit pas, c'est familier! 
Mme Mélu: très bien, relevez dans la suite du texte les autres mots familiers qui ressemblent à celui-là. 
Elèves: AAAAAAAAH il dit aussi "pisseuse"! et "potion pissative"!!

Objectif pédagogique: montrer que chez Molière, le langage vulgaire et le bas corporel servent à ridiculiser la médecine. Check!


Etude d'Othello de Shakespeare, plus précisément de la scène 5 de l'acte II où Cassio, sérieusement aviné, se met à frapper sur Montano le gouverneur de Chypre.
Mme Mélu: Quelqu'un prend le rôle de Cassio et quelqu'un s'occupe des bruitages! Kévin et Dylan, à vous!
Kévin lisant Shakespeare: "Le drôle ! Vouloir m’apprendre mon devoir ! Je vais battre ce drôle jusqu’à ce qu’il entre dans une bouteille d’osier." (source)
Mme Mélu: Kévin, il est saoul! Il faut que tu aies l'air saoul, un petit effort!
Kévin : ba je fais comment, m'dame??!!!
Mme Mélu: bon, on verra, continuons... Il frappe Roderigo: Dylan, le bruit!
Dylan: ba je fais quoi?
Mme Mélu: Frappe!
Dylan: mais je frappe quoi?
Mme Mélu: la table, la chaise, le sol, n'importe quoi!!!
Objectif pédagoqique: montrer que la scène se caractérise par une montée en tension soutenue par une montée du niveau sonore. Check!

Etude d'Un long Dimanche de fiançailles:
Mme Mélu qui lit Sébastien Japrisot: "L'explosion ne l'avait pas touché, seulement projeté en l'air de son souffle, mais quand il s'était relevé, il était couvert du sang d'un camarade, couvert tout entier de sang et de chairs qu'on ne pouvait plus reconnaître, il en avait jusque dans la bouche, il crachait l'horreur, il en hurlait"
Elèves : beeeeerk c'est dégueu!!! 
Tirage de langue, spasmes de vomissements, moues dégoûtés... Je regrette parfois de ne pas être un appareil photo.

Je vous garde leur réactions aux sous-entendus sexuels des textes pour une prochaine fois. Et oui, la littérature est loin d'être un chaste fleuve tranquille...

lundi 15 octobre 2012

Françaises, Français, mes chers compatriotes...



Entendez-vous la Marseillaise qui résonne? Et oui, le début du mois d'octobre sonne le moment pour nos élèves d'accomplir leur devoir citoyen en élisant leurs représentants, autrement dit les délégués de classe.
Tous les ans, c'est la même mascarade: Mme Mélu essaye d'être une bonne professeure en expliquant à ses 6ème le rôle démocratique essentiel d'un délégué de classe, eux pour qui le mot même de "délégué" sonne à peu près aussi clairement que "polyéthylène expansé" ou "anamorphose référentielle". Tous les ans on espère donc quelque chose comme ça:

Mais hélas, tous les ans, ils préfèrent élire celui-là:

Hé oui, l'élection des délégués se transforme souvent en une espèce de concours de popularité mettant sur un piédestal le clown de la classe. Ils s'en mordent souvent les doigts en mars en constatant que leur idole ne s'est pas pointé aux conseils de classe ou arrive aux heures de vie de classe un quart d'heure avant la fin rapport à son manque de mémoire et d'organisation combiné ses retards chroniques. Et là, je jubile...

Pourtant, j'ai vu des élèves mettre les petits plats dans les grands pour se faire élire, avec badge, affiches, tracts, etc... Certains regardent probablement trop les séries américaines.

Dans mon collège, l'élection des délégués est un moment important, sacralisé, pour lequel on met les élèves en véritable situation de scrutin: date limite de dépôt de candidature, présentation d'une carte d'électeur, isoloir, urne, signature, dépouillement.

Dans les faits, cela se traduit par : date limite de dépôt de candidature avec changement d'avis au moment d'entrer dans la salle d'étude (rebaptisée bureau de vote pour l'occasion), présentation du carnet de correspondance (qu'ils ont oublié dans le sac de sport), isoloir (dont le rideau qui ne descend qu'à 1 m au-dessus du sol s'avère bien inutile pour des petits bout d'chou), urne, signature, dépouillement.

Encore une fois, les questions fusent:
"M'dame, je peux voter pour moi-même?"
"M'dame, on met combien de papiers dans l'enveloppe?"
"M'dame, on écrit quoi pour signer?"
Touchant...
Evidemment, avec moi il y a toujours le problème des élèves non francophones...
"M'dame, je fais comment pour choisir mon papier? Je sais pas lire le français..."
J'oublie trop souvent qu'à l'est de l'Allemagne, ils n'ont pas le même alphabet...

Une fois les héros du jour élus, la question de l'après se pose: la vie scolaire leur prévoit toujours un moment de formation pour leur expliquer comment tenir leur rôle au mieux.

Pour les plus grands, on leur propose alors de se présenter à l'élection des délégués élève au Conseil d'Administration. Là encore, il leur est bien expliqué l'importance que les élèves soient représentés lors des prises de grandes décisions concernant le collège et son fonctionnement, qui est après tout un lieu de vie pour eux aussi.
Nos espoirs s'effondrent lorsque Kelly et Mohamed, fraîchement élus délégués de 4èmeC, viennent poser leur candidatures pour le Conseil d'Administration:
"Ben oui, m'dame, on a envie de goûter les petits fours..."
 Qui leur a parlé du pot après le Conseil???

On me souffle dans l'oreillette que Mohamed a retiré sa candidature en apprenant que le pot était essentiellement composé de jambon et de saucisson et que Kelly l'a imité parce qu'elle ne voulait pas rater Secret Story. La ferveur politique tient à peu de chose...

lundi 8 octobre 2012

Questions de contrôle

Evaluer les élèves est toujours un grand moment. Evaluer des 6ème en début d'année est carrément surréaliste. 
La semaine dernière, ils ont planché sur leur premier devoir bilan. L'occasion pour eux de se confronter à un devoir global, long et faisant appel à plusieurs connaissances et compétences. A commencer par la mise en condition et la lecture des consignes.

Un devoir bilan de Français se présente presque toujours de la même manière: un texte pour vérifier les compétences de lecture, des questions de cours d'ordre culturel et littéraire et des questions de langue (grammaire, conjugaison, orthographe). 

Et pendant les 55 minutes que dure le bilan (un contrôle, donc a priori à faire dans le silence), les questions fusent..

"M'dame, il dure toute l'heure, le contrôle?"
"M'dame, on prend une feuille simple ou double?"
"M'dame, ça fait quoi si j'ai pas de feuille double?"
"M'dame, on peut regarder dans le classeur?"
"M'dame, je peux écrire en violet?"
"M'dame, quand vous dites dans la question 1 "donnez deux preuves que ce texte est un conte", c'est de quel texte que vous parlez?"
"M'dame, faut le lire, le texte?"
"M'dame, on peut regarder dans le dictionnaire pour la question d'orthographe?"
"M'dame, on a toute l'heure pour le contrôle?"
"M'dame, j'ai pas compris la question 5: c'est quoi le schéma narratif? C'était dans le cours mais j'me rappelle pas..."
"M'dame, quand vous dites à la question 3 "recopiez la bonne réponse sur votre copie", on l'entoure bien sur la feuille du sujet?"
"M'dame, ça fait quoi si on répond pas aux questions?"
"M'dame, ça dure toute l'heure le contrôle?"

Et pendant ce temps-là, je souffre pour les pauvres élèves normaux (et oui, il y en a) qui, d'un air inquiet, lèvent enfin une main pour demander:

"M'dame, si on a pas de question, est-ce qu'on peut le commencer, le contrôle?"
Et quand au bout d'environ 45 minutes et un nombre incalculable de "M'dame, quand on a fini, on fait quoi???", j'ai enfin un peu de calme pour commencer à regarder le paquet de copie de l'autre classe ramassé à l'heure précédente, mon moral est de nouveau mis à rude épreuve:

1°) Qui est l'auteur de ce texte? Que savez-vous sur lui?
C'est Charles Perrault. Je sais qu'il est auteur.

lundi 1 octobre 2012

Reprenons tout depuis le tout début

Il y a quelque chose qui me surprend toujours avec les débuts des sixième: c'est qu'il faut tout leur apprendre. Vraiment tout. Je me rappelle assez facilement qu'il faut leur apprendre à ne pas ranger leur classeur toute les dix minutes ou à ne pas sortir l'intégralité de leur sac sur le bureau à chaque cours. Mais pour certains, il faut même leur (ré)apprendre à se servir d'une feuille et d'un stylo. Dans les premiers paquets de copie que je ramasse, je tombe immanquablement au moins une fois sur ça:


Et oui, la marge à gauche, c'est loin d'être une évidence pour tout le monde.

Mais cette année, j'ai eu pire.

A la fin d'une séquence, je distribue aux élèves un petit papier avec la liste des points à revoir pour le contrôle. Et pour gagner un peu de papier (je suis une prof écolo), je leur propose de le coller tout simplement à la suite du dernier cours.
Soudain, c'est le drame!
"Madaaaaaaame, j'ai plus de place sur ma feuille!!!"


"Et bien, retourne-la".

"Hein? Comme ça m'dame?"


lundi 24 septembre 2012

Petits soucis matériels

Tout a commencé par une histoire de clés.
Dans mon établissement, si vous avez la clé d'une salle, vous pouvez a priori ouvrir toutes celles d'un étage. C'est fait pour, pour les urgences: si il y a un problème avec votre salle, vous en trouverez bien une à côté qui est inoccupée.
Sauf que depuis la création de ce système, bien des choses ont évolué: serrures cassées et changées, serrures antédiluviennes capricieuses...

Quelques exemples.

Situation 1: Mme Mélu a trop de la chance, sa salle va être refaite à neuf. Mais pendant ses heures de cours. Ce serait trop simple sinon. Donc je dois jongler avec toutes sortes de salles pour pouvoir faire cours, sur trois étages différents. Pendant six semaines.

La responsable des clés sort son immense trousseau de secours pour me confier un exemplaire de chacune des deux clés qui me manquent, presque à contre-coeur d'ailleurs car "on n'en a pas beaucoup des clés, alors vous nous les rendrez bien quand les travaux seront finis!!!"
Me voici donc en la précieuse possession de:
- la clé du couloir d'Histoire
- la clé du couloir de Maths
- la clé du couloir de Français puisque je peux parfois emprunter la salle des collègues, juste à côté.

 
 Arrive le lundi où ces clés entreront en action. Je commence par le couloir des maths. Heureusement, j'ai pris les devants: il est 7h30. 
J'introduis la clé dans la serrure. Impossible de la faire fonctionner. Dans tous les sens, soit elle tourne dans le vide, soit elle ne tourne pas du tout. Après cinq bonnes minutes à m'acharner, j'attrape une femme de ménage pour lui demander de l'aide (elles ont les clés de partout, ces sauveuses!).
"Ah mais c'est normal, cette salle, la serrure est trop vieille, la plupart des clés ne marchent plus avec!"
 
En même temps, voyant la clé, on se demande si on est dans un collège ou dans un monastère...

Deuxième essai le lendemain matin, couloir de Français. Là, je ne me fais pas de soucis: ma clé, je la connais, elle marche! 

Hum, visiblement, pas sur cette porte-là.

"Ah mais non, cette porte-là, c'est la seule à ne pas marcher: on a fait refaire la serrure, elle a sa propre clé".

Mouais mouais... les infos passent drôlement bien...

Heureusement, la porte de la salle d'histoire s'est ouverte sans encombre.
Comme quoi, un prof doit avoir son propre serrurier à portée de main. 
Surtout la semaine dernière.

Situation 2: en revenant d'une tournée de photocopie dans MA salle (flambant neuve, donc), je suis dans l'impossibilité d'ouvrir la porte. Et oui, on l'a repeinte, mais pas changée, cette porte, et la serrure a rendu l'âme, lâchant une énorme vis qui avait solidement soudé la porte à son cadre
Il a fallu que le principal vienne enfoncer la porte pour que je puisse entrer. 
En plus, il y avait mon sac et mes clés de voiture dans ma salle. Bloquée au collège par une serrure rebelle!!!
Prof, un métier d'action...

lundi 17 septembre 2012

Le Français est un outil pour toutes les autres matières... qu'y disait!

Après une semaine de cours, mes chers élèves commencent enfin à se lâcher!
Bon, pour les 6èmes, cela se manifeste par deux ou trois rappels des règles élémentaires : 

Oui, ce que je marque au tableau après "Français - pour lundi 17 /09", c'est des devoirs et oui, il faudra les faire.

Non, ce n'est pas parce que tu cries plus fort que moi que je vais t'écouter plus.

Non, "je suis allée faire les courses avec maman et après il y avait des invités donc je me suis couchée tard alors j'ai pas pu faire mes exercices de conjugaison" n'est pas une excuse valable pour ne pas faire ses devoirs.

Oui, je te parie tout ce que tu veux que tu peux travailler tout aussi bien en étant assis sur ta chaise. Et au passage, assis signifie les fesses sur l'assise et le dos contre le dossier, et pas autrement.

Le pire, c'est qu'ils sont en toute bonne foi, ces petits chéris. Et en général, il suffit d'une ou deux semaines pour que les choses se mettent à tourner tout seul. Même si parfois je me demande si certains professeurs des écoles ne devraient pas nous transmettre leurs habitudes de fonctionnement pour éviter de voir un élève se lever au beau milieu du cours pour aller tailler son crayon dans la poubelle ("Ben je vais pas le faire sur ma table!") rapport au fait qu'il pouvait se déplacer librement dans la classe en CM2. Vécu.

Pour les 3èmes, ce sont les fameuses perles que j'affectionne tant: eh oui, dans les cours de Mme Mélu, on parle. Beaucoup. Que voulez-vous, je suis une mauvaise prof : je ne parviens tout simplement pas à faire cours en savourant le silence religieux de mes élèves. Je les encourage même à exprimer leurs impressions et leurs incompréhensions, même dans une langue approximative, arguant qu'à nous tous, nous trouverons bien un moyen de le formuler correctement.
Conséquence inéluctable: leurs mots ont parfois tendance à dépasser leur pensée.

Mélu: Allez, révision express, il existe deux sortes de verbes. Les verbes d'action et les verbes...?
Elève en pleine réflexion: les verbes d'histoire?
Mélu: Non, non, en histoire, vous utilisez les mêmes verbes qu'en français. Et scoop, en maths et en SVT aussi!

Oui, d'accord, la blague était facile. Mais elle me rappelle une autre anecdote plus ancienne: avec une stupeur non dissimulée, j'avais découvert que les élèves écrivaient en introduction de leurs problèmes de mathématiques "Je sais que". Or, je m'arrachais les cheveux en soulignant trois fois en rouge leurs indécrottables "Je ne c'est pas" dans les copies de français. Un jour, je leur ai carrément posé la question et la réponse m'a scotchée:

"Mais enfin madame, c'est normal qu'on ne l'écrive pas pareil, c'est pas dans la même matière!".


lundi 10 septembre 2012

Brèves de salle des profs: question d'onomastique

A une semaine de la rentrée, les élèves sont encore impressionnés et pleins de motivations, ils se conduisent bien et ne rendent pas nos journées très folichonnes. Et oui, le 10 septembre, les élèves sont sages.

Ce n'est pas le cas des profs. 

Film Bad Teacher 

Qui retrouvent avec une lassitude non dissimulée les petits travers de leur établissement, comme la machine à café qui crache plus de mousse que de café, ou les estrades grinçantes des années 70. 

Et en tête de tous le NOM de notre collège. 
Car nous avons la particularité d'avoir pour nom de notre établissement celui d'un obscur journaliste et écrivain qui a dû certes marquer son temps dans notre région, mais qui fait bien peu rêver aujourd'hui. 
Imaginez un peu : le collège Raymond Dumay.


Mouais. Pour la plupart des gens, le collège Michel Dupond serait tout aussi parlant...

Alors on y met du fun comme on peut. On a appris récemment de la part de nos anciens élèves, bien plus imaginatifs que nous, que de nombreux détournements permettaient de lui donner un peu de ronflant, à bas de "Raymond Du-met un doigt dans son..."

Oui, je sais c'est nul. Mais ça déchaîne les salles des profs, qui se mettent immédiatement à imaginer une statue à l'effigie de ce prestigieux patronyme. Oui, nous sommes visionnaires et plein d'idées pour égayer nos journées.


Parce que nos élèves le connaissent bien, le Raymond. Il faut dire que sur chaque carnet de correspondance figure son portrait, grave, en plus gros que la photo même de l'élève. De quoi inspirer...

"Vous savez qui est Raymond Dumay?
- Ba ouais, c'est le mec à Berthe Morisot!"

Ah oui, petit détail. Le lycée de secteur, situé juste en face du collège, s'appelle le lycée Berthe Morisot. Les raccourcis vont vite.

N'empêche!!! Le lycée Berthe Morisot, ça fait quand même plus classe que le collège Raymond Dumay. Et quand j'y pense, moi qui ai vu passer des lycées et collèges Champollion, Louise Michel, Marie Curie, Aliénor d'Aquitaine, Stendhal, Jacques Prévert, Jules Ferry, sans parler du mythique Henri IV.

J'ai même vu, un jour, un collège du 8 mai. Avouez que ça en jette, non?

 
Je maintiens que ça a un rôle essentiel dans la réussite éducative



Alors nous avons lancé une idée, comme ça, un peu comme on jette un statut Facebook. Quel nom pour notre collège?

Et c'est là que notre collègue de mathématiques a dit qu'il y avait pire: certains élèves vont par exemple au collège Anne Frank. Glauque.

Il n'en fallait pas plus pour déchaîner notre esprit tordu délavé à l'humour noir. Nous avons ainsi proposé successivement:

Le collège Michael Jackson (and don't matter if you're black or white... or both!)

Le collège Claude François (avec préparation du BEP électricien).

Le collège Coluche (avec option sécurité routière)


Et pourquoi pas demander aux élèves? Quelle joie après tout d'étudier au collège Justin Bieber!

Pour ma part, je suis assez partante pour le collège du 1er mai. 

TOUTE SUGGESTION BIENVENUE!


mardi 4 septembre 2012

Rentrée en fanfare!



Après m'être délecté de mes deux mois de repos, me voici de retour sur le chemin de l'école. 

De la pré-rentrée, à part le café et les petites viennoiseries, j'en retiendrai surtout un ou deux petits problèmes qui en promet de beaux et gros en temps et en heures.

Dans sa grande mansuétude, notre ministre a décidé de nous allonger les vacances de la Toussaint à deux semaines complètes. Sympa, le mec!
 
Mais le cadeau n'est pas gratuit, non-non. Ce jeudi et ce vendredi  de cours, il faut les rattraper! Naïvement, je pensais que nous allions travailler jusqu'au 7 ou 8 juillet, puisqu'on n'est plus à ça près tant que les conseils de classes commenceront le 8 juin. 
Alors oui, les élèves viendront en classe jusqu'au vendredi 5 juillet inclus: et de une journée de récupérée!

Et pour l'autre? Facile! On prend deux mercredis dans l'année, et on vient l'après midi! Et roulez, jeunesse!
Rappelons que c'est un jeudi qu'il faut rattraper, soit les cours que les élèves ont le jeudi (c'est important, surtout pour les collègues qui ne voient les élèves qu'une fois dans la semaine comme la SVT ou l'éducation musicale). Donc ledit mercredi, les élèves auront le matin leurs cours habituels du mercredi, puis l'après-midi, les heures de cours d'un jeudi matin. Pour enchaîner le lendemain sur un autre jeudi (le vrai, celui-là)
Et la fois suivante, cours du mercredi matin-cours du jeudi après-midi, suivi d'encore un jeudi. Vous êtes perdus? Rassurez-vous, nous aussi, eux aussi, et ça promet de sacrés cafouillages à ce moment-là.

Mais ce n'est pas tout. Jusqu'à présent, notre académie avait un système tout simplement génial: prévoyant le jeudi de l'Ascension, où les parents d'élèves décident d'autorité de faire le pont (car qui se priverait d'un week-end de quatre jours au mois de juin?), elle nous permettait de rattraper ce vendredi de pont en reprenant les cours un jour plus tôt, soit le mercredi et non le jeudi, à la Toussaint. Brillant!
Mais avec ce rallongement des vacances, cette petite manip devient impossible. Nous voilà donc promis à une drôle de semaine en mai: lundi et mardi en cours, mercredi (8 mai) férié, jeudi (Ascension) férié et vendredi en cours. Je prends dores et déjà les paris sur les taux d'absentéisme de cette journée...


Une fois ce programme de réjouissance découvert, Mme Mélu, professeur principal de 6ème, vêtue de ses plus beaux atours et de son sourire ferme et rassurant, se voit confier la délicate tâche de les accueillir et de passer toute leur première journée avec eux sans les traumatiser mais en leur faisant comprendre que ça rigole plus!
Alors évidemment, ce premier jour, ils sont impressionnés, ils me regardent avec de grands yeux pleins d'appréhension, d'attente, dans lesquels on lit la moindre question et le soulagement d'avoir une réponse.
Élèves en classe 
 Est-ce que ma carte de cantine va fonctionner? Est-ce que le prof d'histoire est aussi méchant qu'il en a l'air? Est-ce que Mme Mélu écrira toujours aussi mal au tableau?

Et en 6ème, on rencontre des élèves sur lesquels on a pas pu être prévenu. Notamment les fameux primo-arrivant, autrement dit ceux qui ne parlent pas français. D'où des séances d'appel assez surréalistes:

Mélu: Comment t'appelles-tu?
Elève: Oui, oui
Mélu: Tu viens d'où?
Elève: Heu... oui?"

Ou même des drôles de fugitifs.
Mélu: Bon, on est tous là mis à part une absente, Latika Akitja
Elève: M'dame, c'est moi...
Mélu: C'est toi Latika?
Elève: Oui.
Mélu: Pourquoi tu n'as pas répondu quand j'ai fait l'appel?
Elève: J'ai pas écouté...
Mélu: Bon, tu me rappelles ton nom de famille??
Elève: Guma.
Mélu: ??? Et ton prénom, juste pour vérifier la prononciation?
Elève: Diana.
Mélu: ???

Et quelques minutes plus tard...
Toc toc!
Surveillante: Vous n'auriez pas une élève en trop? Diana Guma? Parce qu'elle est censée être dans la classe à côté, on la cherche depuis ce matin...

On s'est ensuite rendue compte que Latika était bien absente, et que Diana, ne connaissant pas assez le français pour saisir ce qui se passait lors de la répartition des élèves dans les classes, s'était incrusté dans ma classe à mon insu et ne comprenant pas vraiment ce que je lui disais, avait déduit que c'était d'elle que je parlais...


ZEN RESTONS ZEN
 Bonne année à tous !

vendredi 13 juillet 2012

Passe ton brevet d'abord!

Certes, le brevet des collèges n'a pas la même aura que le baccalauréat, mais il apporte tout de même son lot de stress pour les jeunes candidats de quinze ans qui le subissent, ne lui ôtons donc pas toute valeur. D'autant plus que vu son lot de questions stupides et de perles rutilantes, il a toute sa place ici. 

Nous voici donc au brevet de Français, la première échéance qui détermine le niveau de maîtrise de la langue française d'une immense majorité des adolescents français. Rappelons-le, le Diplôme National du Brevet (DNB pour les initiés, en bonne administration l'EN (Education Nationale) raffole des sigles obscurs) se déroulait cette année les 28 et 29 Juin.
Alors certes, nous n'avons pas eu un printemps exceptionnel et certes, l'été a mis du temps à s'installer. Mais tout de même. Nous autres professeurs bien intentionnés avions pris la peine de prévenir nos chers petits qu'en Juin, un étonnant phénomène climatique pourtant cyclique et auquel ils devraient être plus ou moins habitués se produit, à savoir l'été. Parfois même, il s'accompagne d'un véritable marronnier pour David P., Élise L., Jean-Pierre P. et Claire C. dans les différents JT à savoir la canicule, (souvenir douloureux d'une bachelière de 2003). 


En d'autres termes, un minimum de prévoyance s'impose lorsque l'épreuve se déroule de 14h à 16h (où si vous êtes sages, vous ne vous exposerez pas au soleil, n'est-ce pas?): 

Mélu: Pensez à apporter une petite bouteille d'eau, il risque de faire chaud...
Kévin: On peut amener du coca?
Mélu: Evite, ça fait du bruit quand tu l'ouvres...
Kévin: Mais non, ça fait pas de bruit, franchement ils abusent les autres si ça les dérange!
Mélu: Kévin, je comprends tout à fait au vu de tes trois bulletins que ton intérêt pour le brevet reste, même en ce 15 Juin, très limité, néanmoins je te recommande d'éviter de déranger des voisins hargneux pour qui l'enjeu est réel et/ou un surveillant de salle un tantinet tatillon...

Verdict le jour de l'épreuve.
Nombres de candidats: 102.
Nombres de bouteilles d'eau: 1 (j'ai compté).

Mais comme d'habitude, le collège avait anticipé le manque total de bon sens  l'étourderie due probablement au stress incommensurable de cette épreuve aussi attendue que redoutée: trois grandes glacières pleines de bouteilles d'eau fraîches les attendaient dans la salle d'examen pour l'épreuve de l'après-midi. 
Ce qui fait que le lendemain, à 8h30, avant même de préparer leurs copies ou que le sujet soit distribué, des dizaines de mains se sont levées: "ON PEUT AVOIR DE L'EAU?!"
Formez des assistés... c'est vrai qu'à 8h 30 du matin, une bouteille d'eau est THE urgence du moment.
Manque de chance, je surveillais ce matin-là. Je suis une mauvais prof...

- On n'en a prévu que pour les situations qui le demandaient, c'est-à-dire l'après-midi. Si vous vouliez plus, il fallait prendre vos dispositions.

Et ouais, pas de bras, pas de chocolat.

Vint ensuite le doux moment des corrections. Dans notre belle région, les candidats étaient invités à réfléchir sur un texte racontant l'histoire d'un calife qui, ayant perdu son chef cuisinier, organise une compétition de cuisine pour départager les deux postulants, mais se retrouve bien dépourvu en constatant que les deux lui servent exactement le même plat.
Ahem.
Quand on a passé l'année à faire travailler les élèves sur les buts de l'autobiographie, les enjeux de la littérature de guerre ou le fonctionnement de la poésie engagée, on a un moment de perplexité lorsque le sujet de l'examen interroge les élèves sur le conte
Quand je dis qu'on tend à infantiliser nos ados rebelles...

Si les questions ne comportaient aucune grande surprise, la réécriture en revanche a été un vrai festival.  Il s'agissait de mettre une phrase au passé composé (peut-être un des temps que les élèves utilisent le plus) et au pluriel.
Tout y est passé.
"Ce fut" transposé au passé composé a donné en vrac "c'eut été", "ce fûmes été", "ce serait été", "c'était", "ce avait été"... 
Mais ce n'est pas le pire. Un peu plus loin, "un plat fin, succulent et original" devait être passé au pluriel. Sur les trente copies que j'ai eu devant les yeux, deux seulement ont réussi à trouver le mot "originaux". Comme en témoigne cette petite conversation éclairante avec une élève après l'épreuve:

- Ba j'ai mis "originals". Ouais, je trouvais que ça faisait bizarre, mais je voyais pas ce que ça pouvait être à part ça...

Quand à la rédaction, hélas, les élèves ont fait preuve de bien peu d'imagination. Pour ma part, dès que j'ai vu le mot "Calife", j'ai pensé à ça:

Et quand un peu plus tard, j'ai vu que le Calife était (dixit le texte) un personnage dont tous craignaient la colère, j'ai espéré quelque chose comme ça: 

 
Mais il faut croire que les élèves ont eu peur et se sont contenté d'un Calife bienveillant, qui demande d'ailleurs à son peuple l'autorisation d'embaucher le cuisinier (ouf, ils n'auront pas versé dans le concept de tyrannie), car seule une copie a essayé de mettre un peu d'action et de vie dans cette histoire. Les plus délurées ont cependant imaginé que le Calife avait été interviewé par un journaliste, dévoilant ainsi ses goûts que les deux cuisiniers s'étaient empressés de satisfaire, ou encore que des caméras avaient été installées dans les cuisines afin de vérifier le travail des cuisiniers:
On sous-estime l'impact de la télé-réalité sur les productions scolaires...

De toutes façons, tout le monde sait bien que s'ils réussissent si bien leurs plats, c'est qu'ils les ont appris à "l'école de cuisinierie".

Sur ce, je suis allée me remettre de mes émotions dans un bon bouquin en me lamentant déjà d'entendre les collègues optimistes et bienveillants annoncer (selon les jours):

- Oh là là, les sixièmes / quatrièmes / troisièmes de l'an prochain, ça s'annonce gratiné!

Sur ce, je vous souhaite un bon été (je n'aurais rien à vous y raconter, je suis au chômage technique) et vous donne rendez-vous en septembre.