mercredi 14 janvier 2015

Liberté de s'exprimer, même n'importe comment!

Plus de trois mois sans faire la mauvaise prof. Il faut croire que j'ai eu un sursaut de vocation. Ou des scrupules (mouais, une grosse crise de fénéantise, surtout). 
Et puis il y a peu, je me suis rappelée que s'exprimer, parfois, c'est important. Alors je suis venue vous donner des nouvelles de Kevin. 

Kevin qui lui aussi a envie de s'exprimer. Bon, saluons l'initiative, même si parfois, on est décontenancé par sa créativité.

Mme Mélu: Et que fait cette femme, avec le bébé, et le corsage ouvert?
Kevin: Ah je sais! Elle fait le laitage!

Bon, me direz-vous, Kevin avait au moins cette fois-ci utilisé un mot qui existe.

Kevin: Et alors là, je l'ai fait sans aucun hésitage!
Oui, mais faut dire aussi qu'on leur montre pas vraiment l'exemple. Parce que des mots qui se ressemblent beaucoup et qui coexistent tranquillement, ça ne devrait surprendre personne.

Kevin : Ben, madame, quand le bateau coule, on monte bien sur un canoë de sauvetage!
Bon, il faut dire que la réalité que recouvrent ces paronymes porte grandement à confusion.

Jérôme: Madame, il a écrit vachement penché au tableau, non?
Kevin: Ah ouais, il a écrit en italien!
J'avoue que j'ai eu un moment d'absence pour celle-là...



Bonne année 2015 à tous!

lundi 29 septembre 2014

Mes chers collègues

Parfois, je me dis que je suis vraiment une prof barge. Mais vraiment.
Heureusement, parfois, j'ouvre les yeux et je me rends compte que le monde est rempli de mauvais profs comme moi.

Comme l'autre prof de Français, celle qui s'est teint les cheveux en rose à la fin de l'année.

Ou le prof de physique avec ses grosses Doc Martens aux pieds et sa crête sur la tête.

Mais même les profs qui ont l'air les plus sages cachent parfois de vraies petites perles.

Prof d'EPS pendant un atelier handball: "Hey toi! Tu arrêtes de contester l'arbitrage! On est pas au foot!"
 Je rêve d'aller plus souvent dans leurs cours pour entendre des choses comme ça!

lundi 22 septembre 2014

Drôles de références

Mes chers élèves ont bizarrement l'esprit qui part dans de drôles de direction lorsqu'on leur pose une question. A croire que leur monde n'est pas tout à fait le même que le nôtre.

Prof : Que peut-on mettre sur une pizza?
Marie: Des olives?
Paul: Des anchois?
Kevin: De l'herbe?

Ne précise pas à quelle sorte d'herbe tu penses, Kevin.

Il faut dire que leurs références sont malgré tout différentes:
Kevin: M'dame, pourquoi c'est écrit "PS4" au tableau.
Prof: p. 54, Kevin, la page de ton exercice de conjugaison. Je sais que j'écris mal parfois mais tout de même...
 

lundi 15 septembre 2014

Génération Y

D'après les textes et les consignes de nos supérieurs hiérarchiques très haut placés, nous devons répandre l'emploi du numérique à l'école.
Désormais, tout se fait par informatique. Les bulletins scolaires, bien sûr, mais aussi l'appel, les relevés de notes, le cahier de texte, la réservation d'une salle, la communication et même écrire au tableau.
Has been les bon vieux agendas, carnets de notes, petit post-it sur le casier et autres stratégies délicieusement désuètes (une craie? c'est quoi ça déjà?)

1er septembre: 
L'environnement numérique de travail a été mis en place. Très lourd pour le réseau, il lui faut environ quinze minutes pour se lancer le matin. Une fois lancé, il faut ouvrir un, puis deux, puis trois menus pour trouver, enfin, la liste d'appel. Chaque menu ayant un délai de lancement proportionnel à celui du logiciel global.

Par contre, on n'a pas encore réussi à faire rentrer l'ancien logiciel pour les notes DANS le nouveau. Donc on doit manipuler deux sites. Avec deux mots de passe différents. Mot de passe qui doit comporter minimum dix caractères en mélangeant les chiffres et les lettres et qui doit comporter au moins un caractère qui ne soit ni chiffre ni lettre. Scro9gneu&*gneu!!!

2 septembre:
On découvre qu'avec l'intégration progressive des logiciels dans l'Environnement Numérique de Travail (ENT), les systèmes de messageries se sont intégrés aussi. Du coup, au sein d'un même logiciel, on a deux boites mail différentes. Chacune avec son adresse (et son mot de passe). En plus, bien sûr, de notre adresse e-mail professionnelle.
On découvre aussi  que comme cet ENT est géré par le rectorat, il réutilise par défaut les vieux noms qu'on a communiqué à l'administration au moment de notre embauche. C'est là que des collègues doivent utiliser le nom de leur ex-mari pour pouvoir accéder à leurs documents professionnels. Très classe, vraiment.

3 septembre: 
Pour un ordinateur sur deux, la résolution de l'écran est mal réglée. L'image est zoomée, pixellisée, horrible. Sauf qu'on est sur un réseau et on  n'a pas la main pour modifier les petits paramètres de configuration des ordis. Même régler l'heure, on peut pas.

5 septembre:
On découvre que cet été, un nouveau système d'exploitation a été installé sur les ordinateurs. Tous les petits logiciels pratiques pour la vidéo ou la gestion d'images que nous avions collectés au fur et à mesure de l'année dernière sont à réinstaller. Donc à signaler au responsable informatique qui devra le faire à notre place.

8 septembre:
Certaines salles ont de très jolis vidéoprojecteurs qui décorent le plafond parce qu'ils n'ont pas de télécommandes et on ne peut donc pas les allumer.

9 septembre:
L'ordinateur de la salle de Mme Mélu a été tout bonnement et simplement supprimé du réseau. Sans raison, comme ça, du jour au lendemain. Officiellement, il n'existe pas. Il la nargue pendant des heures et des heures de cours avec son écran bleu de session impossible à ouvrir.

10 septembre: 
On découvre que c'est les comptes des professeurs de Français en fait qui n'ont pas les droits pour modifier la configuration ou lire les vidéos avec les logiciels installés l'an dernier. Les autres, ils peuvent.

Ca sent quand même le complot, tout ça.


lundi 8 septembre 2014

Fais tes devoirs!

Comme les grands troisième sont exceptionnellement sages, je dois me rabattre sur mes chers 6ème pour illuminer mes journées.

Un 6ème, par définition, c'est nerveux. Parce que le collège, quand même, ça fait peur. Certains passent d'une école primaire de 20 élèves (toutes classes confondues) à un collège qui dépasse les 600 élèves dont certains énergumènes grands par la taille mais bien proches de nos racines darwiniennes (oui, l'adolescent a une fâcheuse tendance à la régression dans son attitude sociale). Ca fait peur.

Mais ce qui les stresse le plus, ce sont ces drôles d'habitudes pédagogiques et disciplinaires inconnues dans leur monde de bisounours primaires.

"Madame, est-ce qu'on aura des heures d'école?
- Pardon?
- Ben des heures d'école en punition.
- Des heures de colle, tu veux dire?"

La retenue fait partie des grands fantasmes des 6èmes arrivant. J'ai la question tous les ans. 
Et si je bavarde avec mon voisin, j'aurais une heure de colle? Et si j'oublie mon classeur j'aurai une heure de colle? L'inconnu terrifiant. 

 Et il y en a pourtant un autre auquel je m'attendais moins. Surtout à l'issu de la première journée.

"Madame, vous pouvez pas nous donner des devoirs? Juste un, pour voir ce que ça fait!"

Et oui, officiellement, en primaire, les élèves n'ont plus de devoirs. A titre personnel, je ne suis pas convaincue par cette mesure, même si je suis tout à fait d'accord sur le fait que certains élèves ne vivent pas dans un environnement propice à travailler, ce qui est un problème tout à fait différent.  Heureusement, quelques instituteurs en donnent quand même de temps en temps, pour habituer les élèves à une petite rigueur dans le travail personnel. Parce que le but des devoirs, c'est quand même de faire en sorte de ne pas devoir recommencer chaque jour ce qui a été fait la veille. Parce qu'il y a une part du travail, de mémorisation, de pratique, de systématisation, que l'on ne peut pas faire à leur place.

Et ça évite peut-être aussi le fait que lorsque je donne le premier devoir de l'année (un petit truc tout simple: faire la liste des personnages de l'histoire lue en classe et donnée sur une feuille pour la relire) un petit Laurent me présente sa feuille vide.

"Pourquoi n'as-tu pas fait tes devoirs, Laurent?
- Parce que j'avais des choses à faire."

Oui. Faire tes devoirs, justement.

vendredi 5 septembre 2014

Brève de rentrée scolaire: côté administratif

La rentrée en quelques points:

- un emploi du temps qui a changé quatre fois entre le 1er et le 2 septembre.
- des classes où les élèves sont plus nombreux que les chaises dans les salles.
- des heures de cours qui ne rentrent pas dans l'emploi du temps des élèves. Mais pas du tout. Cherchez pas, ya pas de place.
- un gymnase qui se construit avec deux ans de retard. Donc encore des cours d'EPS dans les couloirs.
- un serveur informatique qui a la bonne idée d'être en maintenance entre le 1er et le 3 septembre (genre pas le moment où on en a TOUS besoin ne serait-ce que pour apprendre à s'en servir).
- une stagiaire qui a environ quinze ans de plus que sa tutrice. Et quinze ans d'expérience aussi. Logique administrative.

Sourions!

mercredi 3 septembre 2014

Brèves de rentrée scolaire: cuvée 6ème

C'est reparti pour une année en tant que professeur principal de ces chers petits 6èmes.
Mardi 2 septembre, ils ont passé toute une journée avec leur prof de Français chérie!

"Madame, quand je vous ai vue dans le hall avec les autres profs, j'ai prié pour vous avoir, parce que vous avez une jolie robe et dans toutes les écoles où je suis allée, les profs ils avaient tous des pantalons et des t-shirt, alors je voulais vous avoir vous!"

Je savais qu'une garde-robe fournie et théâtrale était un véritable outil pédagogique.

L'après-midi, pour changer un peu, je les ai emmenés rencontrer leurs professeurs d'autres matières qui avaient préparé des petits ateliers d'accueil. Que de révélations...

"Good afternoon!
- Heu... Yes?
- Hello!
- Heu... Yes?
- Helloooooooo (signe de la main significatif)
-Ah!!! Hello!!!"
"Mais les deux figures elles sont... (signes des mains pour mimer une lointaine notion géométrique)
-Ah, tu me le montres, mais j'aimerai bien que tu me dises comment ça s'appelle.
- Mais ça veut pas sortir de ma bouche!"

On vient de résoudre le mystère des copies blanches.

Vivement les 3ème, dis donc...


lundi 19 mai 2014

Déconquête du mois de Juin (et Juillet, en bonus)

A l'heure où l'on reproche à un ministre d'avoir acheté la paix sociale en accordant aux enseignants de rentrer en classe le 1er septembre plutôt que le 29 août, j'ai envie de jeter un oeil particulièrement soupçonneux sur le planning, non pas de septembre (c'est bien trop looooin pour moi, autre classe, autres élèves, autre vie quoi!) mais de Juillet. Ah pardon, yen a qui croyaient encore que l'école se terminait en Juin?

Parce que notre chef d'établissement nous a envoyé le planning de cette fin d'année. Que je vais vous décrypter.

Avant TOUTE lecture, il faut bien garder en tête que l'année scolaire s'achève le vendredi 4 juillet après la classe. Juste histoire aussi de rappeler que les 2 mois de vacances ont déjà été entamés de l'autre côté du calendrier. Ca en rassurera certains.

Du 22 mai au 10 juin: saisie des notes du contrôle continu pour les 3èmes.
Ce qu'il faut comprendre: A partir du 22 mai, pour les 3ème, on peut arrêter les notes. Dans la tête des élèves, plus de note = plus de travail. Énergie dépensée pour les tenir en classe : multipliée par 5. Au moins. Mais je m'en fiche, j'ai pas de 3ème cette année. :)

Mardi 3 juin: conseils de classe de 3ème.
Ce qu'il faut comprendre: pour les 3ème l'année est finie.

Mercredi 4 juin: épreuve d'histoire des arts. Journée banalisée, tous les personnels réquisitionnés, c'est une épreuve d'examen.
Ce qu'il faut comprendre: les élèves de 6ème, 5ème et 4ème (75 % de l'effectif total des élèves du collège) n'ont pas cours. Pourtant, je n'ai pas de 3ème cette année. Mais j'y suis quand même.

Mercredi 11 juin: l'après-midi est travaillée pour rattraper les journées supplémentaires de vacances de la Toussaint MAIS les cours sont annulés pour organiser le Cross pour les 5ème et 4ème.  Les 6ème seront pris en charge en salle polyvalente par les enseignants présents et les 3ème auront des ateliers de révision du brevet
Ce qu'il faut comprendre: les 6ème regarderont un film et les 3ème feront semblant de réviser en étude ou resteront chez eux avec le motif "Révision" signé par les parents bien sûr, parce qu'ils les auront convaincus qu'ils révisent bien mieux dans leur chambre avec la musique et devant Facebook que dans une salle avec un prof à côté.

Vendredi 20 juin: commission d'appel des 6ème.
Ce qu'il faut comprendre: tous les conseils de classe sont terminés. Voir le mardi 3 juin pour la conséquence première.

Mercredi 25, jeudi 26 et vendredi 27 juin: préparation du Brevet et Épreuves du Brevet.
Ce qu'il faut comprendre: les 6ème, 5ème et 4ème ont une semaine de vacances (et puis bon, on va peut-être même pas les mettre à l'école lundi et mardi alors qu'on pourrait partir à la mer fin juin pour moins cher et en évitant la foule des crétins qui partent pendant les vacances scolaires, les nazes).

Du lundi 30 juin au vendredi 4 juillet: le collège fonctionne normalement.
MAIS BIEN SUR!

Comme on n'est pas dupe, on prépare déjà des sondages pour les parents: "Qui mettra ses enfants à l'école cette semaine-là?". Le but étant de réorganiser les présents pour les occuper sans trop les dégoûter d'avoir respecté la loi et d'être venu jusqu'à l'échéance.


Je n'ai pas spécialement envie de pointer du doigt l'institutionnalisation de l'école-garderie (après tout, je suis payée à rien faire, pendant la dernière semaine, non?) mais le scandale de septembre au nom de "l'intérêt de l'élève" me semble quand même sacrément minimal et anecdotique comparé à celui de Juin, qui cumule à cet intérêt de l'élève allègrement bafoué (certaines années, dix ou douze semaines entre la fin des vacances de printemps et celle d'été, paye tes rythmes scolaires...) une hypocrisie sans borne (on rallonge l'année scolaire tout en faisant tout pour la vider de son contenu allant jusqu'à faire revenir les 3ème après leurs examens).

Mais bon, vu qu'on échoue à le remplir depuis des décennies, ce mois de Juin... Et si on s'attaquait à Septembre?

lundi 14 avril 2014

Mac Gyver at school

Mes 5ème, c'est du haut niveau. Mes autres classes sont bien plus traditionnelles, mais alors celle-là, elle semble sortie de la 4ème dimension.

Les trois derniers exemples en date.

Correction d'exercice. Je tourne tranquillement autour des tables pour surveiller le travail des élèves. Pour mieux déchiffrer les pattes de mouche d'un de mes élèves, je saisis sa feuille d'exercices.
C'est alors que je vois, dessous, une deuxième feuille d'exercice faite.
A la différence que l'écriture n'est pas la même et qu'il s'agit d'une photocopie. 
Mme Mélu: pourquoi ta feuille est-elle photocopiée?
Kevin: j'ai fait des photocopies parce que j'avais perdu la feuille.
Ben voyons.
Il ne s'est pas contenter de recopier l'exercice de la copine, il a carrément photocopié la feuille avant de la recopier.
Il a de la ressource.


Dans le même genre, un élève puni pour bavardage me ramène le cours qu'il avait à copier. Je m'étonne. Non seulement la jolie calligraphie rose et violette que j'ai sous les yeux n'a rien à voir avec les pattes de mouches nerveuses qu'il me sert d'habitude, mais en plus sur cette feuille figure même l'exercice photocopié collé dont il n'avait pas de double. En revanche, en haut et griffonné, c'est bien son nom.
Mme Mélu: Tu te moques de moi? Ce n'est pas ton écriture!
Kevin: Ben si! Pour une fois que je m'applique!
Mme Mélu: Et l'exercice photocopié, il sort d'où?
Kevin: Ben j'ai photocopié mon cours et découpé pour le coller.
Et la marmotte...
Quand même, prendre le cours de la copine et mettre son nom dessus pour le rendre à la place de sa punition, faut avoir de l'idée.

Mais ça ne s'arrête pas là.
Parce que le tonitruant rot qui retentit dès que j'écris au tableau et qui trouble le silence de la classe qui écrit son cours, j'ai dû attendre qu'il se reproduise plusieurs fois avant d'en identifier la provenance. 
Lorsque ce fut fait, j'ai voulu infliger au petit goret concerné une heure de retenue mercredi.
Mais d'après le fichier informatique, c'est impossible: il est déjà en retenu mercredi.
Il a voulu manger le sulfate de cuivre en cours de pysique-chimie.


De la ressource, oui. Pas toujours très bien placée, ceci dit.

lundi 24 février 2014

Bureau des objets trouvés

Cette semaine, le CPE m'a demandé de faire coller dans le carnet de mes élèves un petit mot un peu spécial à l'attention de leurs parents.
"Chaque jour, de très nombreux objets et vêtements sont oubliés dans le hall et dans les salles du collège. Ils sont rassemblés dans une caisse à la vie scolaire. Ainsi, depuis septembre, nous avons collecté 5 blousons, 8 pulls, 4 sacs et 10 paires de gants. Si vous avez perdu quelque chose, vous pouvez venir voir dans cette caisse si vous le retrouvez.
Les objets non réclamés à la fin de l'année seront donnés à des associations caritatives."
Chers parents, vous vous demandiez pourquoi vous en étiez au troisième blouson cette année... Maintenant, vous le savez. Je me demande comment les élèves peuvent n'en avoir rien à faire à ce point de leurs affaires. Genre, ils ont bien un vêtement sur le dos quand ils arrivent le matin, ça les surprend pas plus que ça de se cailler à l'arrêt de bus le soir?

Ceci dit, ce petit mot, ça nous pendait au nez. J'aurais dû voir les signes lorsque la première calculatrice est apparue, abandonnée sous une table dans ma salle de classe.
Avouez que l'intérêt d'une calculatrice dans une salle de Français est assez limité.
Mais surtout lorsqu'une deuxième calculatrice a atterri sur mon bureau, je me suis dit qu'officiellement, les élèves et moi n'avions pas les mêmes valeurs. J'avais pris l'habitude des crayons et stylos qui restaient non réclamés. Mais c'est quand même pas donné une calculatrice! Ca gêne personne de les perdre?

Du  coup, j'ai décidé de faire l'inventaire de tous les objets retrouvés sous les tables dans ma salle de classe, que la femme de ménage retrouve et range sur mon bureau et que personne ne réclame. 
En janvier, la liste se portait à :
- une règle
- trois rapporteurs
- deux stylos bille
- un compas
- une bille
- un élastique
- un paquet de mouchoir entamé
- un bracelet brésilien
- un collier
- une paire de gant noirs
- un tube de rouge à lèvre

Comme quoi, on abandonne vraiment n'importe quoi sous sa table.

Et encore, je n'arrive pas au niveau de ma collègue de la salle d'en face qui, un matin, a trouvé sous son bureau... une paire de bottes.

lundi 20 janvier 2014

Rien n'est acquis

La fiche de lecture, exercice classique et indémodable du cours de Français pour laquelle j'ai, dans ma grande générosité, décidé de laisser à l'élève le choix du livre qu'il souhaite lire.


Bonne résolution après mon expérience des années passées: pensez à signaler aux élèves que sur cette fiche de lecture, il serait opportun qu'ils fassent apparaître le nom de l'auteur. L'idée qu'un livre peut avoir un créateur identifié ne va pas de soi pour eux.

Après quelques heures de correction, mémo personnel:
Penser à ajouter dans les consignes à l'avenir qu'il serait préférable que le titre du livre figure aussi sur la fiche de lecture, cette donnée rendant l'identification dudit livre un tantinet plus aisée.

Après quelques corrections de plus:
Penser à exiger des élèves qu'ils choisissent des livres qui existent réellement. Les intrigues élaborées dans leur petite tête blonde ne sont pas un choix de sujet pertinent.

lundi 16 décembre 2013

Décodage

L'élève a un drôle de rapport au langage. Aux chiffres aussi d'ailleurs. Toujours est-il que son mode de communication diffère sensiblement du nôtre.

Mélu: Bon, voyons les absents... Julie est absente?
Kévin: Oui, et ya Julie aussi qui est absente.

Merci de suivre, Kevin.
Enfin, non. Merci de ne pas suivre. Ca te permet de ne pas du tout comprendre les différents niveaux de communication du cours et de te dénoncer tout seul de tes propres bavardages.

Mélu: Et dans le dialogue au discours direct, les indices de l'énonciation permettent d'identifier les interlocuteurs. Par exemple, dans la réplique de la ligne 2, qui est-ce qui parle?
Kevin: Ah, c'est moi, pardon...

Imparable.

Hélas, d'autres retournent facilement les ambiguités de langage en faveur de leur fainéantise:

Mélu: Pourquoi n'as-tu pas répondu aux questions 7, 8 et 9?
Valentin: Ben c'est vous qui l'avez dit! C'est la consigne!
Mélu: Ah? Montre-moi donc ça.
Valentin lisant la consigne: "Vous répondrez en faisant des phrases complètes sauf pour les questions 7, 8 et 9". 

Valentin dans sa capacité incroyable à occulter 5 mots de la consigne n'a pas non plus eu la présence d'esprit de se demander pourquoi cette idiote de Mme Mélu écrivait sur les sujets de contrôle des questions auxquelles il ne faut pas répondre.

De la même façon qu'un autre a visiblement oublié que le système métrique international était le même de part de d'autre du seuil de la salle de Français

Mme Mélu: Pour la rentrée, vous lirez les 8 premiers chapitres du livre.
Kevin: 8? C'est énorme! Yen a combien en tout?
Mme Mélu: En tout, il y a 24 chapitres.
Kevin: Ah ouais, donc on lit la moitié, quoi!

Heureusement, parfois, la distorsion langagière entre nous et les élèves permet d'évaluer leur excellente compréhension du texte. J'avais moi-même expérimenté la spontanéité adolescente appliquée à Shakespeare pendant mon inspection. Ma stagiaire (quoi, je ne vous ai pas encore parlé de ma stagiaire?) en a découvert aussi les joies pendant un de ses cours auquel j'assistais:

Mme Clochette: Au retour de son tour du monde en 80 jours, Phileas Fogg entre au Reform Club très calme, impassible, en disant "Me voici, messieurs". Qu'en pensez-vous, de cette entrée?
Dylan: C'est swag, m'dame!
Et Mme Mélu, ravie, de noter au fond de la salle, que Mme Clochette a atteint un objectif impensable: rendre Jules Verne swag.

lundi 25 novembre 2013

Allô docteur!

Il est parvenu à mes petites esgourdes que mes articles sur ce blog se faisaient rares et que j'étais rien qu'une espèce de grosse feignasse de prof. Si-si, ne niez pas, je sais que vous l'avez pensé très fort. Et bien sachez qu'il y a une très bonne raison à cela: j'ai été malade. (et puis après ya eu les vacances.) (Et puis après j'ai eu la flemme).

Mais genre malade, bien comme il faut, genre les gamins sont carrément en danger quand ils sont dans la même pièce que moi, soit par contagion, soit par impossibilité de faire rempart de mon corps en cas de déferlement d'énergie infantile.

Parce que, rappelez-vous, cette joie incroyable quand, à 7h55 le lundi matin, vous appreniez, après dix minutes d'attente fébrile que votre prof de maths préféré était cloué au lit par une grippe carabinée.

L'envers du décor, le voici.

Un mardi matin, je me réveille avec la tête en vrac, la force d'une souris anémique et le temps de réaction d'une limace sous valium.
Petit coup de fil au collège pour leur dire que nos élèves seraient plus en sécurité sous la vigilance  d'un rasta alzeimer qu'avec moi et me voici au chaud pour la journée.

Certains établissements prennent en compte le fait qu'une laryngite carabinée ou même une migraine de compèt' peuvent nous rendre totalement inaptes à travailler avec des enfants. Ils tolèrent donc une demande d'absence pour raisons de santé sans demander de certificat médical, d'une ou deux journées s'ils sont vraiment très cool.

Mais bon: dans mon (nouveau) bahut et ayant un tantinet de conscience quand même, je décide de me rendre chez mon médecin.
Si j'ai une chance insolente, je peux même arriver à le voir dans la journée.

Pour ma part, j'ai eu la chance de toujours tomber sur des médecins relativement compréhensifs et j'ai même réussi à obtenir l'arrêt de travail salvateur une ou deux fois. 
Néanmoins, force est de constater que les médecins ont souvent une drôle de conception de notre métier.

Prof malade: "Bonjour docteur"
Médecin: "Vous êtes visiblement aphone".
Prof malade: "Oui, c'est infernal au travail, mes élèves ne m'entendent plus".
Médecin: "Pas de problème, vous n'avez qu'à écrire au tableau, après tout c'est l'essentiel. Je vous mets cinq jours de cortisone".

Mais bien sûr. En voilà un qui ne s'est pas retrouvé dans une salle close entouré de 26 gamins de treize ans depuis un bon moment. 

Prof malade: "Docteur, je me suis fait opérer du genoux, et je dois rester assise parce que je suis plâtrée jusqu'à la hanche.
Médecin: "Bon, d'habitude je fais des arrêts de travail, mais vous, ce n'est pas la peine, vu que dans votre métier vous êtes assise  toute la journée. Je vous mets quand même cinq jours de cortisone".

(oui, j'ai été étonnée de la fréquence à laquelle les médecins m'ont prescrit de la cortisone ces dernières années.)
Cher médecin, je vous invite cordialement à venir constater que ma chaise est la moins usée de toute la salle. ABATTONS CE PREJUGE: un prof (surtout en collège) ne s'assoit pas. Ne serait-ce que pour surplomber ses élèves et mieux les avoir à l’œil. Je passe mes heures de cours à arpenter la salle. Au point que j'ai demandé à faire retirer des estrades pour éviter de transformer chaque cours en séance de step
Oui, je fais un métier plus physique qu'il n'y paraît.

Mais parfois se produit ce soulagement intense: l'arrêt de travail est signé. Il s'agit maintenant de le remplir et de l'envoyer.
MAIS évidemment, la fonction publique ne fait rien comme tout le monde.
Sur un avis de travail, vous avez toutes sortes d'indications concernant les personnes à qui adresser les différents feuillets. Bien pratique quand vous n'êtes pas arrêté souvent ou que c'est votre première fois. 
Si vous êtes fonctionnaires, il ne faut en respecter aucune: nous ne dépendons pas de la sécurité sociale et n'avons ni médecin conseil ni même médecin du travail d'ailleurs (même pas pour la visite médicale qui a lieu... une fois, à l'embauche).


 Donc on retourne la fiche et on lit l'encadré "fonctionnaire".

Sauf que notre employeur... c'est le rectorat. MAIS-MAIS-MAIS l'arrêt de travail, en fait, est à envoyer au secrétariat de notre établissement. J'ai d'ailleurs posé la question à la secrétaire: le rectorat ne voit jamais ce papier, c'est elle qui se charge de le traiter. Et ça, c'est écrit nulle part. En un mot: démerdez-vous.

Une fois cela réglé, je peux enfin agoniser au fond de mon lit en attendant le retour de toutes mes facultés.

Lorsque je n'ai pas de chance, le docteur tâtonne un peu pour trouver ce qui ne va pas. Il faut dire que quand on bosse avec des enfants, on est tout particulièrement exposé à tous ces satanés virus que les enfants eux-mêmes ramènent à la maison.


Mme Mélu: "Docteur, je tousse depuis huit jours, ça ne passe pas."
Docteur: "Bon, je vous prescris du paracétamol, du sirop pour la toux".

Mme Mélu: "Docteur, je tousse toujours, ça fait deux semaines maintenant".
Docteur: "Etrange. Passons aux antibiotiques".

Mme Mélu: "Docteur, la toux ne s'arrête pas, au bout de trois semaines je commence à avoir mal dans le dos..."
Docteur: "Vraiment bizarre. Allez passer une radio des poumons et faites une prise de sang".

Docteur: "Bon, d'après votre prise de sang, vous avez fait une coqueluche. Je vous prescris donc les médicaments adéquats, même si vous n'êtes plus contagieuse depuis bien deux semaines..."
Mme Mélu: "Je me disais bien aussi qu'un mois à tousser, ça pouvait pas être juste une bronchite..."

La coqueluche. Genre le truc tellement contagieux que tout le monde est censé être vacciné (y compris moi d'ailleurs, qui étais censée l'être). Genre que dans la loi, quand tu l'as, tu es banni de l'établissement à part peut-être si tu portes une clochette.
Alors vu le milieu dans lequel je travaille, j'ai pensé qu'il était courtois et prudent de prévenir mon chef d'établissement, ne serait-ce qu'au cas où il ait remarqué une recrudescence de "bronchites" particulièrement coriaces.

"Ah heu... Bon, surtout, vous ne le dites à personne. Inutile d'affoler tout le monde."

Ah. 

OK.

Bon ben je vais reprendre un peu de cortisone, moi.

lundi 7 octobre 2013

Tout est question de priorités

 J'avais déjà vu les enfants excusés de cours le lundi matin parce que "ce week-end c'était la communion de la cousine".

J'avais déjà entendu des parents se déplacer pour contester une heure de retenue parce que "bon, il a frappé personne quand même", il a juste dansé sur une table au beau milieu du cours avec son classeur en guise de couvre-chef, une bagatelle...

Mais je n'avais encore jamais vu de parent intervenir à la réunion de rentrée et interpeller depuis le haut de l'amphi la gestionnaire de l'établissement pour se plaindre que "à la cantine ya que des légumes, du coup mon fils l'année dernière il a rien mangé, vous pourriez faire des pâtes de temps en temps!"

Tout est définitivement question de priorité pour nos géniteurs d'apprenant.

C'est vrai que les légumes bio issus de la production locale qui sont au menu, franchement, c'est pas digne d'un collège trois étoiles.


J'ai également une petite pensée pour la maman qui a inscrit dans le carnet de correspondance de Jérôme, élève de sixième, que c'est bien normal qu'il n'ait pas fait ses devoirs de Maths pour la deuxième fois de la semaine, parce que bon, c'est quand même un gros changement de rythme et qu'on pourrait quand même lui laisser le temps de s'adapter, surtout qu'il manque de confiance en lui.
Je n'ose imaginer ce qu'elle va me répondre sachant que j'ai vu son message au prof de Maths précisément parce que je comptais écrire dans ledit carnet que les devoirs de Français non plus n'étaient pas faits cette même semaine. Il a décidément de gros problème d'adaptation, ce Jérôme...
Priorité, je vous dis!

D'ailleurs, Jason, élève de cinquième, n'avait pas fait son travail non plus cette semaine, mais lui a une excuse: suite à un litige avec l'intendance concernant l'état des livres scolaires restitués l'an dernier, il a écopé d'une amende que les parents contestent et refusent de payer, moyennant quoi le collège cette année refuse de lui prêter des manuels tant qu'il n'a pas régularisé sa situation. Au grand bonheur de Jason qui se la coule douce.
Alors évidemment, au premier autographe pour travail non fait que Jason a obtenu de sa prof de Français préférée, une jolie prose de sa maman m'a expliqué le pourquoi du comment de l'histoire, et surtout à quel point la résistance héroïque contre une peine indue de 3€ justifiait bien que Jason ne puisse pas travailler normalement.

"Madame,
L'exercice que Jason n'a pas fait et qui a justifié la mention dans son carnet pour travail non fait était sur une fiche photocopiée. Il n'a probablement pas jugé opportun de vous le préciser lorsqu'il vous a fait signer ladite mention.
Cordialement,
Mme Mélu"

Oups.

lundi 23 septembre 2013

Brève de salles des profs

Cette année, j'ai un collègue presque aussi théâtral que moi, ce qui n'est pas peu dire quand on me connaît.

Le problème, c'est qu'il m'a grillée. Forcément, il a l'oeil.

Il a tout de suite remarqué l'application avec laquelle j'assortis la couleur de mon eye-liner avec celle de ma veste ou encore mes boucles d'oreilles avec mon vernis à ongle. 

Non, pas superficielle! THE-A-TRALE. Nuance.

Le souci c'est qu'il a embrayé sur le fait que lui, quand il s'est habillé ce matin, l'a fait avec son gamin cramponné à la jambe, probablement demandeur d'une affection très méritée (ou avec la ferme intention de pourrir la vie de son prof de paternel, ce qui revient sensiblement au même quand on mesure moins d'un mètre). 
Le costume impeccable qu'il arborait n'en a que plus de mérite, je le reconnais.

Du coup, je suis non seulement devenue la prof assortie sur tous les petits détails au point de flatter le sens esthétique de ses collègues, mais en plus celle qui a le temps le matin de manier le pinceau pour tracer des arabesques sur ses yeux ou laquer ses ongles en rouge les dimanche après-midi.

Je crois qu'ils vont m'attendre au tournant pour le jour où je vais arriver en jean-basket par accès de flemme.

Mais je voudrais vous y voir, vous: les élèves passent cinquante-cinq minutes à me détailler des pieds jusqu'à la tête. 
Je suis une mauvaise prof: je me sers de mon apparence pour capter l'attention des élèves.
C'est vrai, autant leur donner quelque chose à regarder.

N'empêche, ça fait un cours qui sort de l'ordinaire. Et puis, j'endosse mon costume de travail. Certains ont des uniformes, d'autres des blouses. Moi, j'ai mon attirail de littéraire excentrique. Je ne trompe pas sur la marchandise. 

Et puis sérieusement, vous en trouverez, vous des profs qui vous font des cours de littérature habillés subtilement sur le thème Harry Potter ou Oliver Twist. Ca met dans l'ambiance! Je persiste et signe.

THE-A-TRALE.

Ce qui me rappelle que depuis ma visite au Making Of Harry Potter, je dispose pour accompagner ceci...

De ceci:


Dans ma recherche d'une identité visuelle excentrique ET culturelle. Et THE-A-TRALE.

lundi 16 septembre 2013

Faut pas nous la faire!

On peut être en 6ème et avoir déjà l'esprit critique bien affuté, pour ne pas se laisser abuser par les contes de fée de nos ancêtres ou les tentatives culturo-spirituelles vaines.

Prenez justement "Les Fées", de Charles Perrault. L'histoire d'une pauvre fille maltraitée par sa soeur et sa mère, qui croise une fée près d'une fontaine et qui se montre si bonne et si douce avec elle que la fée la récompense en lui offrant le don qu'à chaque parole prononcé, il lui sorte de la bouche une fleur ou une pierre précieuse. Chassée par sa mère, elle rencontre un Prince à qui elle raconte son histoire, qui tombe amoureux d'elle et l'épouse. Happy End.

Zoé, onze ans: "Ouais, enfin... Il a quand même attendu qu'elle lui crache des pierres précieuses et des perles pour tomber amoureux, hein. Alors amoureux..."

Bravo, Zoé. Tu iras loin dans la vie.
Surtout en apprenant à remettre à sa place les mauvaises profs qui se croient drôles.

Prof pleine d'entrain: "Et vu que l'histoire commence à partir de "cette année-là", on encadre les mots "Cette année-là" [à prononcer avec une petite voix nasillarde et un rythme disco bien sûr, ndlblogueuse]"

Aucune réaction des élèves.
Prof pleine de suffisance: "Il faut que j'arrête de faire des blagues, vous ne les comprenez pas..."
Zoé, qui ne perd pas le nord: "Ben si madame, on a compris, mais on va pas rire pour ça quand même..."


lundi 9 septembre 2013

Il faut un début à tout...

Le fait d'être une nouvelle prof de l'établissement me rend encore plus mauvaise que d'habitude.
Il y a d'ailleurs quelques petits trucs qui m'agacent prodigieusement dans ma situation de petite nouvelle.

"Madame, c'est par où l'entrée du terrain de sport?
- C'est par là je pense...
- Non, c'est par là, M'dame, là-bas c'est le parking".

"Et donc on se revoit demain, à 14h...
- 13h30 vous voulez dire, m'dame.
- Hein?
- Ben les cours commencent à 13h30 l'après-midi.
- Ah oui, c'est vrai..."

Et surtout:
"C'est quoi ce bruit?
- La sonnerie, m'dame!"

Ah. La sonnerie. Dans mon nouveau collège, la sonnerie, c'est une musique. Une petite musique sud-américaine, avec percussion et paroles. Balancée à fond dans tous les hauts-parleurs dont celui placé précisément DANS la salle des profs découlant probablement d'une sorte de propension professorale à faire durer la récréation.

Du coup, pensez bien que la première fois que je l'ai entendue, je me suis demandée où était le concert.

Ah et vous la voyez, là, la prof devant sa salle qui danse et se déhanche en attendant ses élèves? C'est moi.

Et oui, faut pas me donner des joujoux.

mercredi 4 septembre 2013

A Brave new world

Cette année, j'ai décidé d'expérimenter une des péripéties du métier d'enseignant que je n'avais pas vécue : j'ai changé d'établissement.
Péripétie, je pèse mes mots, car la mutation relève d'un véritable parcours du combattant.

Petit cours d'arithmétique: chaque poste de professeur "coûte" un certain nombre de points. Plus le poste est demandé, plus il faut de points pour le décrocher. Vous suivez?
Pour avoir des points, il y a plusieurs manières: l'ancienneté, le rapprochement familial, l'échelon, ...
En bref, pour faire grimper tes points au maximum, il faut:
- être depuis dix ans dans le même bahut
- vivre à deux cents kilomètres de ton conjoint
- ...depuis cinq ans
- avoir trois enfants dont un handicapé
- être volontaire pour aller dans un bahut pourri où personne veut aller.
- être copain comme cochon avec l'inspecteur (en désespoir de cause)

Là, tu peux peut-être tenter Paris intra-muros. Sinon, il va falloir calculer. Parce que les points nécessaires pour obtenir un poste varient en fonction de la demande. Tout le monde veut muter? Les points chutent! Personne bouge? Pas de place et les points grimpent. Création de poste? Alleluia! Suppression de poste? Aie aie aie, c'est pas cette année que tu bougeras... Parce que celui dont le poste a été supprimé, on le console en lui donnant mille point d'avance. Donc c'est pas avec tes pauvres petits 30 points d'ancienneté que tu te la couleras douce dans le bahut de tes rêves.
Mais bon, quand faut se lancer....

Après il y a deux cas de figure: 
Soit tu ne changes pas d'académie (ces groupes de département qui forment le système scolaire français).
Dans ce cas, en mars, tu peux déposer ta demande sur le site internet en faisant tes voeux. Après tu attends, cool Raoul, parce que au pire, si ta demande est pas satisfaite, tu gardes ton poste actuel et tu fais subir ta frustration à tes collègues toute l'année au point qu'ils font partir quelqu'un en retraite anticipée dans le bahut voisin pour que tu prennes sa place.

Soit tu changes d'académie. Et à ce moment-là, mieux vaut savoir anticiper.
En novembre, tu peux déposer ta demande sur le site internet en faisant tes voeux. Et après, tu attends mars pour la réponse.
Si la réponse est positive, félicitations, tu es déjà dehors. Déjà s'ouvre la phase pour ceux qui ne changent pas d'académie et déjà, les gens peuvent postuler sur TON poste.Toi, tu fais tes voeux dans ta nouvelle académie MAIS pas cool Raoul du tout car comme tu es déjà dehors, si on ne peut pas satisfaire tes voeux, on ne te renvoie pas dans ton académie: on t'envoie où il y a de la place. Donc vaut mieux pas se louper, et bien avoir réfléchi avant de dire "je me barre de cette académie".

Et histoire de simplifier les choses, les points se répartissent différemment suivant le type de voeu que tu fais. Petit exemple:
Tu rêves du collège de Poudlard. Il faut 150 points pour l'obtenir.
Tu demandes le collège de Poudlard. Tu n'as que 40 points (parce que tes cinq ans d'exil (cf plus haut) ne sont pas pris en compte pour ce type de voeu). Tu ne l'as pas
Tu demandes n'importe quel établissement sur le groupement de commune où se situe la commune du collège de Poudlard. Tu as 200 points. Tu l'as. 
Ah oui mais quelqu'un qui avait 200 points aussi a demandé aussi le collège de Poudlard et lui, ses points sont pris en compte sur le voeu précis. Ah ben non, tu l'as pas. Tu as le collège d'à côté. Et bien les boules.


Oui, je sais, c'est pas clair. D'où des heures passées à explorer et vérifier tous les documents, petites lignes, pièces justificatives pour être sure que mon dossier soit complet et irréfutable.


Mais pour ma part, une bonne fée s'est penché sur mon berceau (ou, pour citer mon ex-collègue d'espagnol, j'ai "un cul bordé de nouille"), j'ai réussi à obtenir un collège ultra bien situé et neuf. NEUF genre c'est sa deuxième rentrée en tout et pour tout.
Genre il est tout propre, ya RIEN d'écrit sur les murs ni sur les tables.
Genre les stores électriques MARCHENT! Et ils sont électriques (genre t'appuie sur le bouton, et ils se ferment tout seuls pour que tu puisses séparer Kévin et Bryan qui se battent)!
Genre quand je rentre dans la salle, la lumière elle s'allume toute seule.
Genre ya des ordinateurs et des vidéoprojecteurs dans TOUTES LES SALLES.
Et dans la mienne, ya même UNE IMPRIMANTE!
Genre on fait l'appel sur l'ordinateur et ça envoie à la vie scolaire sans passer par les maudits cahiers d'appel ou petite fiche de naze.

...

Genre les étagères du CDI sont complètement vides.
Genre ya pas assez de manuel pour les élèves alors pour les profs n'en parlons pas.
Genre ya même pas de fauteuil en salle des profs, ya que quelques chaises contre les murs.
Genre ya même pas les numéros des salles sur les portes, c'est encore les codes de l'architecte (et c'est pas simple quand on est une pauvre petite prof de français fâchée avec les chiffres).
Genre les bus, ils savent pas encore que le collège est là, alors ils y vont pas.
Genre ya un super "plateau" (moi j'appelle ça un stade, quand ya un terrain de sport de ballon entouré par des couloirs pour courir, mais apparemment non) tout joli avec des marques au sol qui brillent tellement elles sont neuves... mais ya pas encore de gymnase ni de vestiaire et que quand il pleut, on fait EPS dans la salle polyvalent qui fait aussi amphi.


Un monde nouveau auquel s'adapter!

Dès demain, je rencontre mes nouveaux élèves. 
J'ai hâte.

lundi 8 juillet 2013

Brevet 2013, un joli millesime


Cette année, au grand plaisir de la dévoreuse de livres que je suis, nos élèves de 3ème ont pu composer sur un extrait du roman de Laurent Gaudé Le Soleil des Scorta.

Cette année, au grand désespoir de la prof que je suis, mes élèves de 3ème ont réussi à sortir à l'écrit des énormités plus grosses qu'eux.

A commencer par la première question.

Rappelons le contenu du texte: au début du XXième siècle, un groupe d'Italiens s'entasse avec des centaines d'autres passagers sur un bateau qui quitte l'Europe pour les emmener jusqu'au port de New York. 

Q: Vers quel continent le bateau se dirige-t-il?
R: Le continent Atlantique.

On aura probablement confondu avec une terre légendaire engloutie sous les eaux.

Q: Qui la narratrice désigne-t-elle par le mot "crasseux"? Que pensez-vous de cette expression?
R: Le mot "crasseux" désigne les immigrés italiens. Je pense que ce n'est pas très sympa, parce que ce n'est pas de leur faute s'ils sont noirs.

Mes connaissances en ethnologie sont peut-être limitées, mais il me semble que l'Italie est un peu trop au Nord pour avoir la peau noire comme caractéristique physique.

Q: Pensez-vous que le personnage a raison de dire que "la vie commence"?
R: Oui, il a raison, car il aura une vie meilleure à New York, l'Italie est en crise et connaît de gros problèmes, d'ailleurs il le dit ligne 18: "au loin, l'Italie disparaissait".

Ahem... revoir les notions de polysémie, ya urgence...

La rédaction réservait elle aussi son lot de bizarreries. Il s'agissait, pour le sujet d'invention, d'écrire la suite du texte, à savoir les premiers jours des immigrés aux Etats-Unis. Petit florilège:

Qu'est-ce qu'elle est belle cette ville! Un buffet d'accueil attend les Italiens et on leur propose de consacrer leur première journée à visiter la ville. Après une petite balade en taxi qui leur coûte une petite centaine d'euros, ils découvrent Manhattan et ses superbes boutiques de luxe, et ils poussent jusqu'à Hollywood où ils croiseront de nombreuses vedettes. Ils rencontrent alors un homme très gentil qui propose de les héberger pour la nuit, mais ils préfèrent prendre une chambre à l'hôtel Ibis, un hôtel réputé pour les nombreuses célébrités qu'il accueille. Mais le lendemain, lorsqu'ils rentrent, ils trouvent la chambre sens dessus dessous. Ils décident donc de prendre le premier avion pour rentrer en Italie.

Aaaaah le monde de l'immigration des Bisounours...

Bon, je serai bien mal placée pour critiquer le bon sens des candidats. A la pause, je profite d'une conversation avec mes élèves pour faire des pronostics sur le thème du sujet de réflexion, nouveauté made in Brevet 2013.

"Rhoooo avec un texte sur des immigrés italiens, je suis à peu près sûre que vous allez être interrogés sur les étrangers ou quelque chose d'approchant..."

Je suis une mauvaise prof: je n'ai AUCUNE intuition. Sujet proposé:

"Pensez-vous que l'idée d'un ailleurs qui fasse rêver est toujours d'actualité?"

Ok, je sors.

Bon, par contre, l'avantage de s'occuper du Brevet, c'est qu'on peut aussi zyeuter ce qui se passe dans les autres épreuves. Pour ma part, j'ai surveillé l'épreuve d'Histoire-Géographie-Education Civique. Et comme je suis une mauvaise prof, dès qu'un élève quittait la salle, je me précipitais pour jeter un oeil à sa copie, et notamment aux fameux repères, schémas et cartes.

52 avant JC: 1ère république.

1492: fin de la guerre.

Racontez la guerre de Corée: La Guerre de Corée fut une guerre terrible, qui dura très longtemps et fit des milliers de morts.

De quelle mesure parle le document? Le document parle du droit de vote pour les femmes donné par Chirac en 2002.

Que représentent les chiffres sur l'écran pendant le débat entre les deux candidats à la présidence? Les résultats des élections (on peut donc gagner à 54:07 voies contre 52:31)

Quel bâtiment est représenté en arrière-plan sur le décor de ce même débat? La Maison Blanche (Messieurs Sarkozy et Hollande seraient surement flattés, plus bien sûr que dans la copie qui a répond "Rome").

Citez un acteur de la coopération internationale: Jean Dujardin.

La carte était un festival, car on a eu l'audace d'interroger en géographie les élève sur un sujet très difficile : la France! C'est ainsi que les Alpes se sont retrouvées à cheval sur le Rhône, que Bordeaux s'est promené en Bretagne, que la région Languedoc-Roussillon a côtoyé la Champagne-Ardenne et qu'un candidat prudent a préféré colorier la seule région qu'il était sûr de connaître: la sienne.

Oui, pendant le Brevet, les mauvaises profs se marrent.

Mais les élèves aussi. 

Notamment quand ils voient Mr Merlin essayer par tous les moyens de faire la conversation à Mme Mélu qui tente subtilement de lui faire comprendre qu'une surveillance d'examen se doit d'être silencieuse, en plongeant le nez dans un livre. Peine perdue: le livre prévu était trop court et à peine la dernière page était-elle tournée que toute la salle a pu apprécier les bavardages de Monsieur à grand renfort de "Qu'est-ce qu'il fait chaud" et autre "J'aurais dû emmener le journal, mais c'est pas discret" ou encore "Et il est bien, ton livre, sinon?"


Mes élèves de 3ème qui liront ces lignes: pardon, sincèrement, j'ai tout fait pour essayer de le faire taire...

Félicitations à tous ceux qui ont réussi leurs examens et je croise tous les doigts pour ceux qui attendent encore leurs résultats!

lundi 24 juin 2013

Encore des mots, toujours des mots...

Aaaah les examens. L'heureux moment où l'élève ne peut plus se planquer derrière la classe, attendre que les choses se fassent sans lever le petit doigt. Où un sujet pourtant sur programme lui rappelle que non, Nabilla et Secret Story ne constituent pas encore un objet d'étude scolaire.

Et cette année, comme l'an dernier, on commence par l'oral d'histoire des arts des 3èmes. Et à l'oral, tu es face à ton destin au jury, pas d'échappatoire, faut assumer le vide.
Et chaque année, je suis épatée par la facilité avec laquelle certains l'assument, ce vide.

Jury: Alors, tu nous parleras du film Indigènes.
Elève: Oh non, c'est celui que je connais le moins!
Jury (qui reste calme): Ah, c'est dommage, mais ce sont les règles de l'examen.
Elève: Non mais je connais vraiment rien!
Jury (qui commence à s'agacer): Il figure pourtant sur la liste d'objets d'étude que TU as sélectionnés.
Elève: Oui mais je l'ai vu il y a super longtemps.
Jury: Alors pourquoi l'avoir choisi?
Elève: Parce que je croyais que c'était facile, mais en fait non.

Alors oui, hein, les élèves doivent choisir eux-mêmes, parmi tout ce qui a été fait dans l'année, les 5 sujets qu'ils vont préparer pour l'oral. Donc normalement déjà, ils savent à peu près sur quoi ils vont tomber.
Mais ça ne les empêche pas de se retrouver dans le vide à la première question, la plus basique qui soit.

Elève: C'est une oeuvre qui fait partie du street art...
Jury: Que veux dire "street art"?
Elève: Je sais pas. C'était pas dans le cours.
Jury: Réfléchis un peu: que veux dire "art"?
Elève: ben... art?
Jury: Et"street"?
Elève: heu... "rue"?
Jury: Alors?
 Oui, l'élève a parfois du mal à comprendre qu'il suffit de remettre les mots dans l'ordre pour trouver sur quoi le jury veut l'amener:

Jury: bon, le contexte du chant des partisans, récapitulons... occupation, Charles de Gaulle, résistance, censure, Londres, ... Tu nous expliques pourquoi la chanson passait sur la BBC, radio anglaise?
Elève: ben je vois pas...

Là, je fais vraiment de mon mieux pour les aider quand même.

Surtout que certains, on les gifflerait presque de s'avouer vaincu aussi aisément.

Elève: alors le contexte, ben, les Juifs sont en guerre contre les Israëliens...
Jury: Ahem, c'est les mêmes...
Elève: heu, les Palestiniens, parce que les Juifs on leur a donné le pays des Palestiniens parce qu'ils avaient pas de pays.
Jury: Pas de pays? Ils étaient où alors?
Elève: Ben je sais pas...
Jury: Et bien fais appel à ta culture, quand as-tu entendu parler de Juif cette année?
Elève: Ben j'ai pas de culture, donc...

Non, mademoiselle, mais vous avez des cours d'histoire qui vous ont soigneusement raconté la Shoah, qui est au programme de 3ème. Mais ça ne doit pas être les mêmes Juifs, hein...

Jury: Quel autre art relevant du street art connais-tu?
Elève: je sais pas...
Jury: En musique par exemple?
Elève: je sais pas...
Jury: Mais si, de la poésie, presque pas chantée, en rythme...
Elève: je sais pas...
Jury: Même sans musique, parfois, juste des paroles rythmées...
Elève: je sais pas...
Jury: Bon, tu écoutes quoi comme musique?
Elève: Moi? Ben du rap, pourquoi?
Je vous passe bien sûr l'élève serviable et arrangeant:

"Bon, ben vu que j'ai rien préparé parce que j'avais oublié que je passais aujourd'hui, je vais pas vous faire perdre votre temps, vous me mettez zéro et on rentre tous chez nous?"

Mais bien sûr, Arthur. Assieds-toi, va, moi j'en ai, du temps à perdre pour toi, et je suis payée pour.

J'ai hâte de voir ce que ça va donner pour les écrits.