lundi 29 juin 2015

Maturité, maturité, j'ai une gueule de maturité?

Le problème avec les adolescents de nos classes, c'est qu'ils sont grands. Genre, ils commencent à avoir une personnalité, une réflexion, un sens social, civique et moral de leurs responsabilités. Mais ils sont aussi des gamins. C'est justement le principe.
Et ils n'aiment pas qu'on le leur dise. Par exemple, en vie de classe:

Kevin: Madame, la prof d'EPS elle fait de la discrimination envers les garçons!
Mme Mélu: Explique-moi ça Kevin.
Kevin: Ben elle arrête pas de dire qu'on est trop immatures! Qu'on est trop des gamins! Alors déjà, on est tous des gamins, même les filles, et en plus c'est pas en nous disant qu'on l'est qu'on va progresser!

Alors cher Kevin, comment te dire? Rire grassement pendant tout le cours, lever la main pendant un quart d'heure pour être sûr que toute la classe va entendre la stupidité que tu prévois sciemment de dire, essayer d'attraper les filles en cours de sport, s'enfermer dans les vestiaires pour pas que le prof vous trouve et se mettre des mandales "pour rigoler", tu vois, je n'appelle pas ça ni de la maturité, ni du sérieux en vue d'une progression.
(on me souffle dans l'oreillette que certaines de ces accusations pourraient s'appliquer aussi à un public masculin plus âgé, mais je refuse de souscrire à de tels marques de désespoir).

Oui, c'est vrai, ils aiment bien êtes responsabilisés, être traités comme des grands. Mais pas des trop grands non plus.

Kevin: Madame, il faut mettre un petit chapeau sur le "u" dans "nous fûmes"?
Mme Mélu: Un quoi?
Kevin: Ben, un petit chapeau...
Mme Mélu: Tu parles de l'accent circonflexe?
Kevin: Oui, voilà.
Mme Mélu: Tu te rends compte que tu vas passer en seconde? Evite parler de "petit chapeau" devant des lycéens, on ne sait jamais... Au passage, oubliez aussi les "trois petits points". Ce sont des points de suspension, et ils ne sont pas plus petits que les autres!

Et oui, la maturité grammaticale, ça a aussi de l'importance.

Mme Mélu: "L'élève apprend son cours" / "Le cours est appris par l'élève". Il y a une phrase à la voix active, l'autre à la voix passive ...
Kevin: Madame, c'est pas comme avec le chat et la souris?
Mme Mélu: Si mais...
Kevin: Ah mais je connais en fait! "Le chat mange la souris"/"La souris est mangée par le chat".
Mme Mélu: J'aimerais autant qu'à deux semaines du brevet, on puisse se passer d'exemples pris dans des comptines enfantines.
Kevin: Ben c'est plus facile!
Mme Mélu: Déjà, non. Et en plus, c'est trompeur, car il existe des tas de situations bien moins faciles avec lesquelles il faut se familiariser. En grammaire aussi, il faut évoluer...
Benoit: Oh ça va, on n'est pas des pokémon...
Kevin: Ah ouais, moi je suis Pikachu!
Brenda: Moi, Dracaufeu!
Brian: Et moi, Bulbizarre! Bulbi, bulbi...

Je vous laisse imaginer la fin de ce cours qui a dégénéré en  onomatopées étranges.
J'imagine donc que mes élèves ont leur propre maturité. Leur propre définition de la chose, en tout cas. Ainsi, comme le dit très bien Kevin:

"Madame, quand on dit que les garçons sont meilleurs que les filles au foot, c'est pas du machisme. C'est juste de la maturité sportive!"
La maturité adolescente à l'échelle de toute une époque.

lundi 22 juin 2015

Lever de rideau!

La lecture, c'est aussi se fabriquer des images mentales, se représenter ce qui se passe dans le texte pour le comprendre. Certains élèves ont parfois du mal à cette opération, notamment sur les textes compliqués.
Une de mes stratégies pédagogiques de mauvaise prof, quand je suis confrontée à ça, consiste à mettre en scène le texte. A fortiori quand il s'agit d'un texte théâtral, sans narrateur ni description, donc qui nécessite un gros travail de remplissage.

Et parfois, je me mets à la place de l'assistant d'éducation (le fameux "pion") qui se balade dans les couloirs pendant les cours pour distribuer et récupérer des informations et qui arrive dans les cours au moment impromptu.

Mettons-nous à la place de Julie, assistante d'éducation zélée, qui ouvre la porte de Mme Mélu

Scène n°1: elle se trouve nez à nez avec le petit Thibaud, élève de 6ème, qui tient la petite Cécile par les cheveux, en levant au-dessus d'elle un stylo menaçant et en lui criant: "Tu vas mourir!"
Et Mme Mélu qui crie: "Attendez une minute!"

Julie se fige. Donne ses papiers, en récupère d'autres et avant de partir, regarde Thibaud, le stylo toujours levé au-dessus de Cécile, immobiles.
Mme Mélu: Tu tombes plutôt bien, nous étions en train de travailler sur la construction du suspens à la fin de Barbe-Bleue!
Et oui, le moment où les deux frères doivent arriver et où la malheureuse épouse doit gagner du temps avant que son mari ne l'égorge...

Mais j'avoue, hors contexte, ça peut surprendre.

Scène n°2: Julie passe dans la salle de Mme Mélu et entend un vacarme de tous les diables. Chocs métalliques, bruits de pas précipités, cris, ... Dans le doute, elle jette un oeil.
Des élèves debout en train de piétiner violemment. Deux se battent à coup de double décimètres. Un autre tape sur son équerre métallique avec un stylo. Les autres braillent. Et Mme Mélu, livre en main, suit attentivement ce bazar avant de s'écrie: "Mais qu'est-ce qui se passe ici??!!!", provoquant un silence de mort.

Puis elle demande: "Alors, qu'est-ce qui s'est passé?"
Jordan: "Ben ya eu de plus en plus de boucan, de plus en plus de bazar jusqu'à ce que vous parliez".
Mélu: "D'accord, et ça montre quoi?"
Bryan: "Bah qu'Othello, c'est le boss parce que tout le bazar s'arrête dès qu'il arrive".
Julie comprend alors que Mme Mélu était en train d'analyser avec ses élèves une scène de Shakespeare et notamment la construction de la tension dramatique sur scène. Avec une grande fidélité au texte puisqu'il s'agissait d'une bagarre entre ivrognes.

Sauf que moi, maintenant, j'ai pigé le truc. Les élèves adooooorent jouer ce genre de scène, d'une part parce qu'ils comprennent tout (+ 10 en pédagogie) et d'autres part parce qu'ils adorent cette occasion de mettre le souk avec la bénédiction de leur professeur en imaginant qu'une personne extérieure ne comprendrait rien.

Du coup, lorsque Julie rentre avec ses papiers en main, et cette fois juste après une scène de ce genre, je ne peux m'empêcher de dire à mes élèves avec un petit sourire entendu:
- Heureusement qu'elle n'est pas arrivée pendant les gifles, hein?
Julie furax: Quelles gifles? Qui a mis des gifles?
Elèves: Ben nous!
Julie: Mais à qui?
Elèves: Ben à la prof!
(prof qui jubile dans son coin devant le regard affolé de la pauvre Julie et ravie que les élèves aient saisi la balle au bond sans s'être consulté)
Mélu: c'est dans la scène 9,  acte II de "La Guerre de Troie n'aura pas lieu".

Oui, je suis une mauvaise prof. Avec mes collègues aussi.

lundi 15 juin 2015

Tourner sept fois sa langue...

Parfois, la parole de mes élèves dépasse un peu leur pensée.
Il faut y voir du positif : ils ont visiblement le contact facile avec leur professeur.

Mme Mélu: Et attention à respecter le contexte de votre rédaction. Dans l'Antiquité, il y a peu de chance de trouver un Brian...
Leslie: Oh! Brian? Comme mon c... Enfin mon.... Heu.. ben j'en connais un, moi, de Brian.
Mme Mélu: Oui, Leslie, je sais.
Leslie: Vous savez?
Mme Mélu: Oui, Leslie. Comme tout le monde, je crois d'ailleurs. Brian et toi n'êtes pas des... connaissances très discrètes.

Mais les petits 6ème ont aussi cet avantage qu'ils adoooooorent cafter. Genre des fois, c'est même pas une erreur.
Et en vie de classe, ça fuse. Et comme je suis une mauvaise prof, je les y encourage.

Jeanne-Marie: Et ya des grands, des fois, ils parlent vachement mal des surveillants..
Mme Mélu: Oui, le respect n'est pas la chose la plus partagée. D'ailleurs, j'ose espérer que le jour où vous entendrez des horreurs sur moi, vous me le direz? (clin d'oeil et sourire entendu?)
TOUS: C'est vrai??? Vous le prendrez pas mal???
Petit Fayot 1: Alors l'autre jour ya un 3ème qui a sorti son carnet pour montrer que vous lui aviez mis un mot et il a dit que vous étiez rien qu'une p***! Mais en même temps, yavait que des mots de vous dans son carnet alors il doit vraiment faire plein de bêtises en Français...
Petit Fayot 2 : Et aussi j'ai ramassé un petit mot que deux grands se faisaient passer où c'était écrit "Mme Mélu enc*** Mr Merlin, mais j'ai pas bien compris parce que normalement c'est pas possible, c'est l'inverse, non?
Petit Fayot 3: Et ya aussi un élève, il a fait une vidéo sur Youtube, et dedans il vous imite en train de lire! Mais c'est nul, il imite même pas bien...

Je me suis littéralement écroulée de rire.

Petite Fayote 4: Oh la la Madame, vous le prenez drôlement bien! Vous faites comment pour être zen comme ça?

Un métier, ma petite, c'est un métier.

mercredi 10 juin 2015

Ah, le joli mois de Juin...

Il y a longtemps que je n'ai pas râlé.
Bon, il faut dire qu'avec la réforme des collèges, j'ai pu râler en vrai.
Mais laissons de côté cela, pas de politique ici.
Nous ne signalerons donc pas que les conseils de classe de 3ème ont eu lieu le 1er juin.
Pour une année qui finit le 3 juillet, donc.

Je suis une mauvaise prof : mes élèves travaillent jusqu'au bout.
Parce que faut pas déconner: même avec la meilleure volonté du monde, personne ne finit le programme avec 1 MOIS d'avance. Non. Niet. Ca n'existe pas.

Donc, ils étudient ET sont évalués sur tous les points du programme, fermeture des serveurs ou pas d'abord.

Curieusement, ça se passe plutôt bien d'ailleurs. Ils doivent respecter mon professionnalisme à toute épreuve.


Tiens d'ailleurs, la fin du mois est tout aussi cohérente.
Lundi 22 juin: cours NORMALEMENT (oui, il faut redéfinir la notion de cours normal).
Mardi 23 juin: épreuves orales du brevet. COLLEGE FERME.
Mercredi 24 juin: préparation des épreuves écrites. COLLEGE FERME
Jeudi 25 et vendredi 26 juin: épreuves écrites du brevet. COLLEGE FERME
Lundi 29 juin: préparation des corrections. COLLEGE FERME
Mardi 30 juin: correction du brevet. COLLEGE FERME
Mercredi 1, jeudi 2 et vendredi 3 juillet: cours NORMALEMENT.

Oui, riez.

lundi 6 avril 2015

Le réalisme? Quésaco?

Une grosse partie de mon travail consiste à corriger les écrits de mes élèves. Vous me direz, lire des histoires qu'ils se sont donnés le mal d'écrire quand on est comme moi devenu prof de Français par amour de la lecture, ça doit être la partie que je préfère.

Ou pas.

Parce que les élèves ne sont pas des écrivains et souvent, font preuve d'un style un tantinet maladroit.
Quand ils ne négligent pas tout simplement la vraisemblance la plus basique.

Un type d'exercice, par exemple, consiste à leur demander de raconter un événement d'un livre étudié mais du point de vue d'un autre personnage de l'histoire. En l'occurrence, j'ai demandé à mes 3ème de réécrire la scène du mariage dans Un secret, le roman de Philippe Grimbert, où le marié tombe amoureux de la belle-soeur de sa promise au moment même de prononcer ses voeux. Ballot. Moment dramatique et gênant s'il en est.
Donc mes apprenants avaient pour consigne de raconter cet événement comme l'a vécu la belle-soeur en question.
J'ai donc été très surprise de rencontrer un grand nombre de copies commençant ainsi:

"Cher Journal, aujourd'hui j'ai vécu le plus beau jour de ma vie".
Bon.
Vous me direz, ils ont quinze ans, que peuvent-ils savoir du drame de tomber amoureux au moment où on lie sa vie et son destin à quelqu'un d'autre?

Alors expliquez-moi, lorsque je leur demande d'écrire un débat entre des parents et leurs enfants, pourquoi j'arrive à trouver ce genre d'échange improbable:

- Mais papa, t'es trop débile, tu comprends rien!
- C'est vrai, tu as raison mon fils.

Et non, ce n'était pas du second degré.

Et le pire, c'est que parfois, ils pensent vraiment bien faire. En voulant soigner les détails, voilà ce qu'ils arrivent à m'écrire:

Il était 20 heures 17 minutes et 34 secondes et nous passâmes à table.

Nan mais sérieux QUI chronomètre le moment où il passe à table?

Heureusement, certains ne perdent pas le nord dans leurs conclusions.

Ah, c'était intéressant ce débat! Bon, je te laisse, je dois filer en cours de Français avec Mme Mélu, j'aime trop ce cours, elle est super cette prof.

Bravo, Kevin, tu iras loin.

vendredi 27 mars 2015

Les jeunes, avant-garde et modernité... ou pas

Comme je suis une mauvaise prof, je fais parler mes élèves. Tous les lundi, je leur offre un quart d'heure d'expression libre, avec comme seule contraintes de s'exprimer correctement (et en Français, ce qui déjà relève de l'exploit pour certains) et de justifier leurs interventions (avec une priorité aux thèmes culturels).

Bon, ceci dit, parfois, je devrais peut-être pas, ça m'éviterait d'être déçue. Voire effarée.

Kevin: M'dame, ya eu la journée de la femme hier!
Jordan: Ah ouais, et le salon de l'auto à Genève aussi!
Mme Mélu: Intéressant de citer l'un juste après l'autre, non?
Kevin: Pourquoi? Ah ouais, pour les filles en bikini! Ben c'est normal, m'dame, les voitures c'est quand même un peu pour les hommes, non?"

Et oui, nous sommes en 2015.

Ceci dit, j'avoue, je suis une pousse-au-crime. J'aime amener mes élèves sur ce genre de sujets où je sais qu'ils seront tous hyper attentifs et encore mieux, hyper réactifs. Généralement ceux où il y a du sang, du sexe, ou les deux. Ouais, je sais, c'est la solution de facilité.

Comme par exemple, quand je présente Arthur Rimbaud, et où je les accroche avec sa relation avec Verlaine, juste histoire de voir si l'un d'eux va faire une remarque sur l'homosexualité (et histoire de faire un petit rappel sur la notion de discrimination, d'homophobie, toussa toussa, parce que des préjugés, dans les classes, yen a à la pelle).

Kevin: Oh mais m'dame, il avait 17 ans Rimbaud?
Mme Mélu: Et oui!
Kevin: Et Verlaine, marié avec des gosses et tout? Mais comment c'est trop un cougar!"

Quelque part, là, c'est rassurant, non?

lundi 26 janvier 2015

La grammaire est une chanson douce... en yaourt

Bon, je vous l'accorde, la grammaire a ce défaut de vouloir mettre quelque chose de technique dans une langue qui relève pour beaucoup de l'intuitif. Ça perturbe.
Mais genre, ça perturbe beaucoup.

Pour ceux dont les souvenirs scolaires remontent un peu loin, les mots de la langue française sont répartis en "classes", ou selon leur "nature" (ça dépend si vous êtes passés avant ou après la réforme, enfin UNE des réformes... eeeeeennfin bref!).
Par exemple,  "lui", "le mien", "celui-ci" sont tous des mots qui peuvent servir à remplacer "mon Bescherelle" qui est un nom (propre, d'ailleurs). On les appelle donc des pro-noms.
Et suivant leur sens, on les distingue en pronoms possessifs ("le mien" à moi), pronoms démonstratifs ("celui-là" là-bas que je te montre du doigt), etc etc... (rendez-vous demain à 7h55 en salle 15 avec votre classeur pour la suite).

Alors pronom, Kevin, il a à peu près intégré. Par contre, les subtilités de ses usages... ben ça sert à tout un pronom, non?

"Véritable: pronom de vérité".
" Douceur: pronom de genre".

Sur un malentendu... C'est vrai, les pronoms, c'est comme les déterminants, yen a tout plein. Alors, à quoi bon tous les apprendre? On en chope un et au bout d'un moment, on finira bien par tomber dessus.

La conjugaison aussi, ça perturbe. Les élèves savent très bien qu'on utilise le présent pour maintenant, le passé pour avant, et le futur pour après. C'est la base. Trop facile m'dame.
Sauf que ce n'est pas tout à fait vrai. Exemple typique: vous êtes en train de glander sur Facebook traiter vos mails professionnels en attente et votre mère/père/tendre moitié vous crie depuis la cuisine: "A table!" A quoi vous répondez immanquablement "J'arrive!!!"
Et ce verbe "J'arrive", pourtant conjugué dans le présent le plus traditionnel, vous savez très bien qu'il veut dire "Dans cinq minutes/Un quart d'heure/Jamais, fous-moi la paix".

DONC on apprend aux élèves à dissocier ces valeurs d'un même temps, à avoir un regard critique sur leur propre langue et ses subtilités.
Ce qui les amène, dans un souci d'affiner l'analyse, à se mélanger sacrément les pinceaux:

"Le verbe est conjugué au passé simple, c'est donc du présent de narration".
"C'est du conditionnel, utilisé pour le présent dans le futur".

Vertige temporel, bonjour....

lundi 19 janvier 2015

Explication de texte

Les élèves sont pleins de bonnes intentions. Ils essayent toujours d'être les plus clairs possible pour être surs que leur prof chéri les comprenne au mieux. Il faut dire qu'on passe notre temps à leur reprocher de ne pas être assez précis.
Je suis une mauvaise prof: non seulement je n'aime pas quand mes élèves ne sont pas assez clairs, mais je n'aime pas non plus quand ils le sont trop.

"Et le héros fut tué par le fantôme. Depuis ce jour, toute personne faisant cette erreur sera tué par le nouveau fantôme (parce que l'ancien a pris sa retraite)."

Il fallait bien une raison au changement de hantise.

"Cela se produisit à environ minuit (00 h 00)"

Nan parce que minuit, c'est pas forcément le même pour tout le monde, hein.

"Il  a choisi de commencer son autobiographie comme ça, car il y raconte son enfance jusqu'à adulte, en fait il passe de tout petit puis il passe directement grand alors que au début il est petit".

Mais si, c'est clair, enfin!

mercredi 14 janvier 2015

Liberté de s'exprimer, même n'importe comment!

Plus de trois mois sans faire la mauvaise prof. Il faut croire que j'ai eu un sursaut de vocation. Ou des scrupules (mouais, une grosse crise de fénéantise, surtout). 
Et puis il y a peu, je me suis rappelée que s'exprimer, parfois, c'est important. Alors je suis venue vous donner des nouvelles de Kevin. 

Kevin qui lui aussi a envie de s'exprimer. Bon, saluons l'initiative, même si parfois, on est décontenancé par sa créativité.

Mme Mélu: Et que fait cette femme, avec le bébé, et le corsage ouvert?
Kevin: Ah je sais! Elle fait le laitage!

Bon, me direz-vous, Kevin avait au moins cette fois-ci utilisé un mot qui existe.

Kevin: Et alors là, je l'ai fait sans aucun hésitage!
Oui, mais faut dire aussi qu'on leur montre pas vraiment l'exemple. Parce que des mots qui se ressemblent beaucoup et qui coexistent tranquillement, ça ne devrait surprendre personne.

Kevin : Ben, madame, quand le bateau coule, on monte bien sur un canoë de sauvetage!
Bon, il faut dire que la réalité que recouvrent ces paronymes porte grandement à confusion.

Jérôme: Madame, il a écrit vachement penché au tableau, non?
Kevin: Ah ouais, il a écrit en italien!
J'avoue que j'ai eu un moment d'absence pour celle-là...



Bonne année 2015 à tous!

lundi 29 septembre 2014

Mes chers collègues

Parfois, je me dis que je suis vraiment une prof barge. Mais vraiment.
Heureusement, parfois, j'ouvre les yeux et je me rends compte que le monde est rempli de mauvais profs comme moi.

Comme l'autre prof de Français, celle qui s'est teint les cheveux en rose à la fin de l'année.

Ou le prof de physique avec ses grosses Doc Martens aux pieds et sa crête sur la tête.

Mais même les profs qui ont l'air les plus sages cachent parfois de vraies petites perles.

Prof d'EPS pendant un atelier handball: "Hey toi! Tu arrêtes de contester l'arbitrage! On est pas au foot!"
 Je rêve d'aller plus souvent dans leurs cours pour entendre des choses comme ça!

lundi 22 septembre 2014

Drôles de références

Mes chers élèves ont bizarrement l'esprit qui part dans de drôles de direction lorsqu'on leur pose une question. A croire que leur monde n'est pas tout à fait le même que le nôtre.

Prof : Que peut-on mettre sur une pizza?
Marie: Des olives?
Paul: Des anchois?
Kevin: De l'herbe?

Ne précise pas à quelle sorte d'herbe tu penses, Kevin.

Il faut dire que leurs références sont malgré tout différentes:
Kevin: M'dame, pourquoi c'est écrit "PS4" au tableau.
Prof: p. 54, Kevin, la page de ton exercice de conjugaison. Je sais que j'écris mal parfois mais tout de même...
 

lundi 15 septembre 2014

Génération Y

D'après les textes et les consignes de nos supérieurs hiérarchiques très haut placés, nous devons répandre l'emploi du numérique à l'école.
Désormais, tout se fait par informatique. Les bulletins scolaires, bien sûr, mais aussi l'appel, les relevés de notes, le cahier de texte, la réservation d'une salle, la communication et même écrire au tableau.
Has been les bon vieux agendas, carnets de notes, petit post-it sur le casier et autres stratégies délicieusement désuètes (une craie? c'est quoi ça déjà?)

1er septembre: 
L'environnement numérique de travail a été mis en place. Très lourd pour le réseau, il lui faut environ quinze minutes pour se lancer le matin. Une fois lancé, il faut ouvrir un, puis deux, puis trois menus pour trouver, enfin, la liste d'appel. Chaque menu ayant un délai de lancement proportionnel à celui du logiciel global.

Par contre, on n'a pas encore réussi à faire rentrer l'ancien logiciel pour les notes DANS le nouveau. Donc on doit manipuler deux sites. Avec deux mots de passe différents. Mot de passe qui doit comporter minimum dix caractères en mélangeant les chiffres et les lettres et qui doit comporter au moins un caractère qui ne soit ni chiffre ni lettre. Scro9gneu&*gneu!!!

2 septembre:
On découvre qu'avec l'intégration progressive des logiciels dans l'Environnement Numérique de Travail (ENT), les systèmes de messageries se sont intégrés aussi. Du coup, au sein d'un même logiciel, on a deux boites mail différentes. Chacune avec son adresse (et son mot de passe). En plus, bien sûr, de notre adresse e-mail professionnelle.
On découvre aussi  que comme cet ENT est géré par le rectorat, il réutilise par défaut les vieux noms qu'on a communiqué à l'administration au moment de notre embauche. C'est là que des collègues doivent utiliser le nom de leur ex-mari pour pouvoir accéder à leurs documents professionnels. Très classe, vraiment.

3 septembre: 
Pour un ordinateur sur deux, la résolution de l'écran est mal réglée. L'image est zoomée, pixellisée, horrible. Sauf qu'on est sur un réseau et on  n'a pas la main pour modifier les petits paramètres de configuration des ordis. Même régler l'heure, on peut pas.

5 septembre:
On découvre que cet été, un nouveau système d'exploitation a été installé sur les ordinateurs. Tous les petits logiciels pratiques pour la vidéo ou la gestion d'images que nous avions collectés au fur et à mesure de l'année dernière sont à réinstaller. Donc à signaler au responsable informatique qui devra le faire à notre place.

8 septembre:
Certaines salles ont de très jolis vidéoprojecteurs qui décorent le plafond parce qu'ils n'ont pas de télécommandes et on ne peut donc pas les allumer.

9 septembre:
L'ordinateur de la salle de Mme Mélu a été tout bonnement et simplement supprimé du réseau. Sans raison, comme ça, du jour au lendemain. Officiellement, il n'existe pas. Il la nargue pendant des heures et des heures de cours avec son écran bleu de session impossible à ouvrir.

10 septembre: 
On découvre que c'est les comptes des professeurs de Français en fait qui n'ont pas les droits pour modifier la configuration ou lire les vidéos avec les logiciels installés l'an dernier. Les autres, ils peuvent.

Ca sent quand même le complot, tout ça.


lundi 8 septembre 2014

Fais tes devoirs!

Comme les grands troisième sont exceptionnellement sages, je dois me rabattre sur mes chers 6ème pour illuminer mes journées.

Un 6ème, par définition, c'est nerveux. Parce que le collège, quand même, ça fait peur. Certains passent d'une école primaire de 20 élèves (toutes classes confondues) à un collège qui dépasse les 600 élèves dont certains énergumènes grands par la taille mais bien proches de nos racines darwiniennes (oui, l'adolescent a une fâcheuse tendance à la régression dans son attitude sociale). Ca fait peur.

Mais ce qui les stresse le plus, ce sont ces drôles d'habitudes pédagogiques et disciplinaires inconnues dans leur monde de bisounours primaires.

"Madame, est-ce qu'on aura des heures d'école?
- Pardon?
- Ben des heures d'école en punition.
- Des heures de colle, tu veux dire?"

La retenue fait partie des grands fantasmes des 6èmes arrivant. J'ai la question tous les ans. 
Et si je bavarde avec mon voisin, j'aurais une heure de colle? Et si j'oublie mon classeur j'aurai une heure de colle? L'inconnu terrifiant. 

 Et il y en a pourtant un autre auquel je m'attendais moins. Surtout à l'issu de la première journée.

"Madame, vous pouvez pas nous donner des devoirs? Juste un, pour voir ce que ça fait!"

Et oui, officiellement, en primaire, les élèves n'ont plus de devoirs. A titre personnel, je ne suis pas convaincue par cette mesure, même si je suis tout à fait d'accord sur le fait que certains élèves ne vivent pas dans un environnement propice à travailler, ce qui est un problème tout à fait différent.  Heureusement, quelques instituteurs en donnent quand même de temps en temps, pour habituer les élèves à une petite rigueur dans le travail personnel. Parce que le but des devoirs, c'est quand même de faire en sorte de ne pas devoir recommencer chaque jour ce qui a été fait la veille. Parce qu'il y a une part du travail, de mémorisation, de pratique, de systématisation, que l'on ne peut pas faire à leur place.

Et ça évite peut-être aussi le fait que lorsque je donne le premier devoir de l'année (un petit truc tout simple: faire la liste des personnages de l'histoire lue en classe et donnée sur une feuille pour la relire) un petit Laurent me présente sa feuille vide.

"Pourquoi n'as-tu pas fait tes devoirs, Laurent?
- Parce que j'avais des choses à faire."

Oui. Faire tes devoirs, justement.

vendredi 5 septembre 2014

Brève de rentrée scolaire: côté administratif

La rentrée en quelques points:

- un emploi du temps qui a changé quatre fois entre le 1er et le 2 septembre.
- des classes où les élèves sont plus nombreux que les chaises dans les salles.
- des heures de cours qui ne rentrent pas dans l'emploi du temps des élèves. Mais pas du tout. Cherchez pas, ya pas de place.
- un gymnase qui se construit avec deux ans de retard. Donc encore des cours d'EPS dans les couloirs.
- un serveur informatique qui a la bonne idée d'être en maintenance entre le 1er et le 3 septembre (genre pas le moment où on en a TOUS besoin ne serait-ce que pour apprendre à s'en servir).
- une stagiaire qui a environ quinze ans de plus que sa tutrice. Et quinze ans d'expérience aussi. Logique administrative.

Sourions!

mercredi 3 septembre 2014

Brèves de rentrée scolaire: cuvée 6ème

C'est reparti pour une année en tant que professeur principal de ces chers petits 6èmes.
Mardi 2 septembre, ils ont passé toute une journée avec leur prof de Français chérie!

"Madame, quand je vous ai vue dans le hall avec les autres profs, j'ai prié pour vous avoir, parce que vous avez une jolie robe et dans toutes les écoles où je suis allée, les profs ils avaient tous des pantalons et des t-shirt, alors je voulais vous avoir vous!"

Je savais qu'une garde-robe fournie et théâtrale était un véritable outil pédagogique.

L'après-midi, pour changer un peu, je les ai emmenés rencontrer leurs professeurs d'autres matières qui avaient préparé des petits ateliers d'accueil. Que de révélations...

"Good afternoon!
- Heu... Yes?
- Hello!
- Heu... Yes?
- Helloooooooo (signe de la main significatif)
-Ah!!! Hello!!!"
"Mais les deux figures elles sont... (signes des mains pour mimer une lointaine notion géométrique)
-Ah, tu me le montres, mais j'aimerai bien que tu me dises comment ça s'appelle.
- Mais ça veut pas sortir de ma bouche!"

On vient de résoudre le mystère des copies blanches.

Vivement les 3ème, dis donc...


lundi 19 mai 2014

Déconquête du mois de Juin (et Juillet, en bonus)

A l'heure où l'on reproche à un ministre d'avoir acheté la paix sociale en accordant aux enseignants de rentrer en classe le 1er septembre plutôt que le 29 août, j'ai envie de jeter un oeil particulièrement soupçonneux sur le planning, non pas de septembre (c'est bien trop looooin pour moi, autre classe, autres élèves, autre vie quoi!) mais de Juillet. Ah pardon, yen a qui croyaient encore que l'école se terminait en Juin?

Parce que notre chef d'établissement nous a envoyé le planning de cette fin d'année. Que je vais vous décrypter.

Avant TOUTE lecture, il faut bien garder en tête que l'année scolaire s'achève le vendredi 4 juillet après la classe. Juste histoire aussi de rappeler que les 2 mois de vacances ont déjà été entamés de l'autre côté du calendrier. Ca en rassurera certains.

Du 22 mai au 10 juin: saisie des notes du contrôle continu pour les 3èmes.
Ce qu'il faut comprendre: A partir du 22 mai, pour les 3ème, on peut arrêter les notes. Dans la tête des élèves, plus de note = plus de travail. Énergie dépensée pour les tenir en classe : multipliée par 5. Au moins. Mais je m'en fiche, j'ai pas de 3ème cette année. :)

Mardi 3 juin: conseils de classe de 3ème.
Ce qu'il faut comprendre: pour les 3ème l'année est finie.

Mercredi 4 juin: épreuve d'histoire des arts. Journée banalisée, tous les personnels réquisitionnés, c'est une épreuve d'examen.
Ce qu'il faut comprendre: les élèves de 6ème, 5ème et 4ème (75 % de l'effectif total des élèves du collège) n'ont pas cours. Pourtant, je n'ai pas de 3ème cette année. Mais j'y suis quand même.

Mercredi 11 juin: l'après-midi est travaillée pour rattraper les journées supplémentaires de vacances de la Toussaint MAIS les cours sont annulés pour organiser le Cross pour les 5ème et 4ème.  Les 6ème seront pris en charge en salle polyvalente par les enseignants présents et les 3ème auront des ateliers de révision du brevet
Ce qu'il faut comprendre: les 6ème regarderont un film et les 3ème feront semblant de réviser en étude ou resteront chez eux avec le motif "Révision" signé par les parents bien sûr, parce qu'ils les auront convaincus qu'ils révisent bien mieux dans leur chambre avec la musique et devant Facebook que dans une salle avec un prof à côté.

Vendredi 20 juin: commission d'appel des 6ème.
Ce qu'il faut comprendre: tous les conseils de classe sont terminés. Voir le mardi 3 juin pour la conséquence première.

Mercredi 25, jeudi 26 et vendredi 27 juin: préparation du Brevet et Épreuves du Brevet.
Ce qu'il faut comprendre: les 6ème, 5ème et 4ème ont une semaine de vacances (et puis bon, on va peut-être même pas les mettre à l'école lundi et mardi alors qu'on pourrait partir à la mer fin juin pour moins cher et en évitant la foule des crétins qui partent pendant les vacances scolaires, les nazes).

Du lundi 30 juin au vendredi 4 juillet: le collège fonctionne normalement.
MAIS BIEN SUR!

Comme on n'est pas dupe, on prépare déjà des sondages pour les parents: "Qui mettra ses enfants à l'école cette semaine-là?". Le but étant de réorganiser les présents pour les occuper sans trop les dégoûter d'avoir respecté la loi et d'être venu jusqu'à l'échéance.


Je n'ai pas spécialement envie de pointer du doigt l'institutionnalisation de l'école-garderie (après tout, je suis payée à rien faire, pendant la dernière semaine, non?) mais le scandale de septembre au nom de "l'intérêt de l'élève" me semble quand même sacrément minimal et anecdotique comparé à celui de Juin, qui cumule à cet intérêt de l'élève allègrement bafoué (certaines années, dix ou douze semaines entre la fin des vacances de printemps et celle d'été, paye tes rythmes scolaires...) une hypocrisie sans borne (on rallonge l'année scolaire tout en faisant tout pour la vider de son contenu allant jusqu'à faire revenir les 3ème après leurs examens).

Mais bon, vu qu'on échoue à le remplir depuis des décennies, ce mois de Juin... Et si on s'attaquait à Septembre?

lundi 14 avril 2014

Mac Gyver at school

Mes 5ème, c'est du haut niveau. Mes autres classes sont bien plus traditionnelles, mais alors celle-là, elle semble sortie de la 4ème dimension.

Les trois derniers exemples en date.

Correction d'exercice. Je tourne tranquillement autour des tables pour surveiller le travail des élèves. Pour mieux déchiffrer les pattes de mouche d'un de mes élèves, je saisis sa feuille d'exercices.
C'est alors que je vois, dessous, une deuxième feuille d'exercice faite.
A la différence que l'écriture n'est pas la même et qu'il s'agit d'une photocopie. 
Mme Mélu: pourquoi ta feuille est-elle photocopiée?
Kevin: j'ai fait des photocopies parce que j'avais perdu la feuille.
Ben voyons.
Il ne s'est pas contenter de recopier l'exercice de la copine, il a carrément photocopié la feuille avant de la recopier.
Il a de la ressource.


Dans le même genre, un élève puni pour bavardage me ramène le cours qu'il avait à copier. Je m'étonne. Non seulement la jolie calligraphie rose et violette que j'ai sous les yeux n'a rien à voir avec les pattes de mouches nerveuses qu'il me sert d'habitude, mais en plus sur cette feuille figure même l'exercice photocopié collé dont il n'avait pas de double. En revanche, en haut et griffonné, c'est bien son nom.
Mme Mélu: Tu te moques de moi? Ce n'est pas ton écriture!
Kevin: Ben si! Pour une fois que je m'applique!
Mme Mélu: Et l'exercice photocopié, il sort d'où?
Kevin: Ben j'ai photocopié mon cours et découpé pour le coller.
Et la marmotte...
Quand même, prendre le cours de la copine et mettre son nom dessus pour le rendre à la place de sa punition, faut avoir de l'idée.

Mais ça ne s'arrête pas là.
Parce que le tonitruant rot qui retentit dès que j'écris au tableau et qui trouble le silence de la classe qui écrit son cours, j'ai dû attendre qu'il se reproduise plusieurs fois avant d'en identifier la provenance. 
Lorsque ce fut fait, j'ai voulu infliger au petit goret concerné une heure de retenue mercredi.
Mais d'après le fichier informatique, c'est impossible: il est déjà en retenu mercredi.
Il a voulu manger le sulfate de cuivre en cours de pysique-chimie.


De la ressource, oui. Pas toujours très bien placée, ceci dit.

lundi 24 février 2014

Bureau des objets trouvés

Cette semaine, le CPE m'a demandé de faire coller dans le carnet de mes élèves un petit mot un peu spécial à l'attention de leurs parents.
"Chaque jour, de très nombreux objets et vêtements sont oubliés dans le hall et dans les salles du collège. Ils sont rassemblés dans une caisse à la vie scolaire. Ainsi, depuis septembre, nous avons collecté 5 blousons, 8 pulls, 4 sacs et 10 paires de gants. Si vous avez perdu quelque chose, vous pouvez venir voir dans cette caisse si vous le retrouvez.
Les objets non réclamés à la fin de l'année seront donnés à des associations caritatives."
Chers parents, vous vous demandiez pourquoi vous en étiez au troisième blouson cette année... Maintenant, vous le savez. Je me demande comment les élèves peuvent n'en avoir rien à faire à ce point de leurs affaires. Genre, ils ont bien un vêtement sur le dos quand ils arrivent le matin, ça les surprend pas plus que ça de se cailler à l'arrêt de bus le soir?

Ceci dit, ce petit mot, ça nous pendait au nez. J'aurais dû voir les signes lorsque la première calculatrice est apparue, abandonnée sous une table dans ma salle de classe.
Avouez que l'intérêt d'une calculatrice dans une salle de Français est assez limité.
Mais surtout lorsqu'une deuxième calculatrice a atterri sur mon bureau, je me suis dit qu'officiellement, les élèves et moi n'avions pas les mêmes valeurs. J'avais pris l'habitude des crayons et stylos qui restaient non réclamés. Mais c'est quand même pas donné une calculatrice! Ca gêne personne de les perdre?

Du  coup, j'ai décidé de faire l'inventaire de tous les objets retrouvés sous les tables dans ma salle de classe, que la femme de ménage retrouve et range sur mon bureau et que personne ne réclame. 
En janvier, la liste se portait à :
- une règle
- trois rapporteurs
- deux stylos bille
- un compas
- une bille
- un élastique
- un paquet de mouchoir entamé
- un bracelet brésilien
- un collier
- une paire de gant noirs
- un tube de rouge à lèvre

Comme quoi, on abandonne vraiment n'importe quoi sous sa table.

Et encore, je n'arrive pas au niveau de ma collègue de la salle d'en face qui, un matin, a trouvé sous son bureau... une paire de bottes.

lundi 20 janvier 2014

Rien n'est acquis

La fiche de lecture, exercice classique et indémodable du cours de Français pour laquelle j'ai, dans ma grande générosité, décidé de laisser à l'élève le choix du livre qu'il souhaite lire.


Bonne résolution après mon expérience des années passées: pensez à signaler aux élèves que sur cette fiche de lecture, il serait opportun qu'ils fassent apparaître le nom de l'auteur. L'idée qu'un livre peut avoir un créateur identifié ne va pas de soi pour eux.

Après quelques heures de correction, mémo personnel:
Penser à ajouter dans les consignes à l'avenir qu'il serait préférable que le titre du livre figure aussi sur la fiche de lecture, cette donnée rendant l'identification dudit livre un tantinet plus aisée.

Après quelques corrections de plus:
Penser à exiger des élèves qu'ils choisissent des livres qui existent réellement. Les intrigues élaborées dans leur petite tête blonde ne sont pas un choix de sujet pertinent.

lundi 16 décembre 2013

Décodage

L'élève a un drôle de rapport au langage. Aux chiffres aussi d'ailleurs. Toujours est-il que son mode de communication diffère sensiblement du nôtre.

Mélu: Bon, voyons les absents... Julie est absente?
Kévin: Oui, et ya Julie aussi qui est absente.

Merci de suivre, Kevin.
Enfin, non. Merci de ne pas suivre. Ca te permet de ne pas du tout comprendre les différents niveaux de communication du cours et de te dénoncer tout seul de tes propres bavardages.

Mélu: Et dans le dialogue au discours direct, les indices de l'énonciation permettent d'identifier les interlocuteurs. Par exemple, dans la réplique de la ligne 2, qui est-ce qui parle?
Kevin: Ah, c'est moi, pardon...

Imparable.

Hélas, d'autres retournent facilement les ambiguités de langage en faveur de leur fainéantise:

Mélu: Pourquoi n'as-tu pas répondu aux questions 7, 8 et 9?
Valentin: Ben c'est vous qui l'avez dit! C'est la consigne!
Mélu: Ah? Montre-moi donc ça.
Valentin lisant la consigne: "Vous répondrez en faisant des phrases complètes sauf pour les questions 7, 8 et 9". 

Valentin dans sa capacité incroyable à occulter 5 mots de la consigne n'a pas non plus eu la présence d'esprit de se demander pourquoi cette idiote de Mme Mélu écrivait sur les sujets de contrôle des questions auxquelles il ne faut pas répondre.

De la même façon qu'un autre a visiblement oublié que le système métrique international était le même de part de d'autre du seuil de la salle de Français

Mme Mélu: Pour la rentrée, vous lirez les 8 premiers chapitres du livre.
Kevin: 8? C'est énorme! Yen a combien en tout?
Mme Mélu: En tout, il y a 24 chapitres.
Kevin: Ah ouais, donc on lit la moitié, quoi!

Heureusement, parfois, la distorsion langagière entre nous et les élèves permet d'évaluer leur excellente compréhension du texte. J'avais moi-même expérimenté la spontanéité adolescente appliquée à Shakespeare pendant mon inspection. Ma stagiaire (quoi, je ne vous ai pas encore parlé de ma stagiaire?) en a découvert aussi les joies pendant un de ses cours auquel j'assistais:

Mme Clochette: Au retour de son tour du monde en 80 jours, Phileas Fogg entre au Reform Club très calme, impassible, en disant "Me voici, messieurs". Qu'en pensez-vous, de cette entrée?
Dylan: C'est swag, m'dame!
Et Mme Mélu, ravie, de noter au fond de la salle, que Mme Clochette a atteint un objectif impensable: rendre Jules Verne swag.