lundi 16 avril 2012

Petit cours de répartie

Une des plaies de mon métier, c'est la merveilleuse image qu'il renvoie à l'opinion publique et les gentilles remarques qu'il engendre dans la bouche des honnêtes citoyens.

Je ne parle pas ici des élèves qui sont excusés par le fait qu'ils nous voient tous les jours et qui manquent cruellement de recul sur la question.

Soyons honnête: prof, c'est un métier qu'il faut pouvoir assumer en société. Ce n'est pas toujours facile: nous sommes généralement du côté des méchants.

Depuis que j'ai pris la décision de me détacher émotionnellement de mon travail et d'assumer mon rôle de glandeuse professionnelle en vacances la moitié de l'année.

Voici donc quelques amabilités que j'ai entendues et les quelques réponses que la mauvaise prof vous conseille de répondre, chers collègues en détresse de mots bien amenés.

"Les profs, ils travaillent quinze heures par semaine à tout casser"
Déjà, cher ami, ce n'est valable que pour les agrégés, (ce qui nous fait un ennemi commun, tope-là cousin!) En ce qui me concerne, je dois 18 heures de présence à mon établissement (dans le faits je suis encore au-dessus mais bon...) et je dirais même qu'autant de vacances, ça se mérite. Le concours est ouvert à tous, à condition d'avoir un master bien sûr. Un bac + 5, pour les non initiés. Il ne tient qu'à vous de rejoindre notre Club des Orteils en Éventail, quand vous voulez.

"Ouais ba 18 heures, on est quand même loin des 35 ou 40 du privé, hein!"
Absolument, mon cher ami. Mais voyez-vous, j'ai un problème. J'ai bien essayé de rajouter des heures de français à mes élèves, mais curieusement, je ne comprends pas pourquoi, à tous les créneaux que je propose, ils ont d'autres obscures occupations inutiles et abrutissantes, comme les mathématiques ou l'anglais.
Ah oui et autre problème. J'ai essayé, hein, vraiment. Mais les notes n'apparaissent pas toute seules sur les copies. Je ne comprends pas. Quand j'étais élève, pourtant, elle partaient blanches écrite en leu, et revenaient barbouillées de rouge avec un chiffre dessus.
Même chose pour les cours: lorsque j'arrive dans la salle de classe, à 7h45, bizarrement, en ouvrant mon classeur, je n'y trouve pas miraculeusement un cours à l'ordre du jour. Bizarre.

"Ouais mais vos cours, c'est pareil, vous les faites la première année et après vous reprenez les mêmes".
Mais tout à fait. A quoi bon redemander les mêmes niveaux si c'est pour tout recommencer? Franchement, vous le feriez, vous? Quoi, le programme, quel programme? Pff aucune importance, de toutes façons dans 4 ans il change, alors bon... D'ailleurs, je fais pire: certains de les cours, je les prends même tout faits dans des livres ou sur internet. Siiiiii je vous jure! Même qu'il y a marqué le nom d'un certain Zola ou d'un Guy de Malpassant ou quelque chose du genre. Surement un grand ponte de l'enseignement.

"Vous êtes en vacances tout le temps"
Alors là, pareil: j'ai bien essayé de venir travailler un peu plus en février, en avril, ou je ne sais quand, mais jamais je n'ai réussi à convaincre mes élèves de se déplacer.
Ah, en fait, ce que vous voulez, c'est que je ne fasse rien, mais en classe, pas chez moi, je comprends mieux...

"Et les deux mois en Juillet-août, hein?"
Et bien?
Payés à rien faire!"
Alors là, je remonte mes manches,


LES PROFS NE SONT PAS PAYES EN JUILLET ET EN AOUT.

Et oui, ça vous la coupe, hein? Plus pratiquement, notre salaire mensuel est calculé la grille des cadres de catégorie A (en fonction du niveau d'étude, entre autre) sauf que pour nous, on ne le multiplie que par 10. 10 mois de payés. Mais comme en juillet et en août, les factures et le loyer ne sont pas en vacances, on nous prélève sur notre salaire tous les mois de quoi nous verser quand même quelque chose l'été. 10 mois répartis sur 12. Qui a demandé pour le 13ème? C'est quoi, ça le 13ème mois?

"Vous êtes tout le temps en grève"
Tout à fait. Jamais pour des augmentations de salaires, je vous le rappelle. Pour réclamer une formation et du monde pour s'occuper de vos enfants la journée. Et alors? On n'est pas payé pour nos jours de grève, vous le savez bien.
"Ouais mais qui s'occupe des gosses, pendant ce temps?"
Ah? Je l'ignore. Moi, mon boulot, c'est de leur apprendre des choses, pas de les garder. Désolée. Voyez avec des baby-sitter, il me semble que c'est le terme approprié pour ce type de travail.


Je peux poser des questions, à mon tour?

Quand je vois le nombre de parents au bord de la dépression qui me disent ne plus pouvoir supporter leur ado à la maison alors que souvent ils n'en ont qu'un ou deux, comment pensez-vous que je me sens quand j'en ai 25 dans un espace confiné et qu'en plus je dois leur demander de ne pas bouger et PIRE, de TRAVAILLER, de faire un EFFORT pour faire un truc qu'ils n'ont PAS ENVIE DE FAIRE (et moi non plus d'ailleurs), que suis-je censée leur répondre? "Yeah, bienvenue au club, tope-là cousin, c'est ma tournée de Prozac!!!"


Comment se fait-il que dans les fameuses "matières fondamentales" c'est-à-dire mathématiques, anglais ou français, il manque actuellement près de 1 000 profs en France? Et pas parce qu'il n'y a pas de poste, hein. Mais parce que les postes ne sont pas pourvus. Parce que les gens ne veulent pas y aller. On est devenu un de ces métiers à fuir, comme éboueur ou contrôleur des impôts, ou huissier de justice (pour qui j'ai le plus grand des respects, tope-là cousin, c'est ma... non j'arrête).

Mais... serions-nous devenus des gens rares? Des espèces en voie de disparition? A protéger? Voilà qui serait intéressant!

lundi 9 avril 2012

Fallait pas poser la question!

Mais pourquoi j'ai dit ça? Mais qu'est-ce qui m'a pris? Je le sais, pourtant, qu'ils n'en ratent pas une!

"Que pensez-vous de cette phrase du texte, "je dépense donc je suis".
- Madame, ça fait un peu comme "je pense donc je suis", mais en déformé.
- Mais oui, tout à fait, très bien Kévin!!!! Savez-vous qui a dit "Je pense donc je suis"?
- Ba oui, m'dame, c'est Kévin!"


Je vous jure que celle-ci est authentique. J'ai été effondrée et j'ai dit aux élèves que personne ne me croirait jamais tellement elle ressemble à une blague de Toto.

"Bien, relevons plus en détail les indices temporels. On a "Aujourd'hui" au début du texte, "Plus tard" à la fin du texte, qu'est-ce qu'on a entre le début et la fin?
- Ba le milieu, m'dame..."
Oui. C'est vrai. En même temps, je n'avais qu'à m'abstenir.

lundi 2 avril 2012

Quel est le mot que tu n'as pas compris?

Parfois, les élèves nous affirment des choses avec une telle conviction, une telle assurance, une telle fierté, une telle implication... qu'on s'en voudrait presque de leur avouer qu'ils racontent n'importe quoi et qu'il y a une petite donnée qui leur a échappé dans la chose.

"Madame, est-ce que le mot "comte" a un rapport avec le comté, le fromage?
- Et bien, en fait, oui! Savez-vous dans quelle région est fabriqué ce fromage?
- Ah ba oui! Dans la Comté!
- Pardon?!
- Ba oui, la Comté, là où vivent les Hobbits, ils en parlent dans Le Seigneur des Anneaux, le fromage doit venir de là, c'est logique, m'dame!"



"Madame, c'est vrai que pour la rédaction du brevet, on a le droit d'apporter notre dictionnaire?
- Oui c'est vrai.
- Mais ils ont pas peur qu'on triche?
- Comment, par exemple?
- Ben en écrivant des choses dedans.
- Quelle genre de choses?
- Ba genre, des définitions, par exemple."

"Brandon, retourne-toi!
- C'est Kévin qui m'a appelé, m'dame!
- C'est pas vrai, je l'ai pas appelé!
- Si tu m'as appelé!
- J'vous jure, m'dame, je lui ai juste dit "Brandon!", je l'ai pas appelé!"

Ahem...

lundi 26 mars 2012

Parce qu'on peut laisser un prof sans voix

Ma fierté: arriver à moucher les élèves. Les "casser" comme dirait l'autre surfeur niçois. Sauf que parfois, c'est eux qui me laissent sans voix, désemparée. Et ils ne font pas toujours exprès. En général, ça part en fou-rire que je partage largement avec mes élèves, sauf que ce fou-rire exprime généralement mon grand désarroi.

"Allez, on conjugue notre verbe à toutes les personnes, le verbe étant "manger".
- QUOI, le verbe est en danger???"



"Kévin, retourne-toi! Regarde-toi, là, accoudé au dossier, tu te crois au café du coin?
- Ah non madame, ça risque pas... j'aime pas ça, le café...."




"Bon, le mot "mais" exprime l'opposition, le mot "aussi" exprime l'ajout, qu'exprime le mot "si"?
Par exemple dans "Si vous êtes sages, il y aura des récompenses", quelle est la valeur de "si"?
- Le chantage, m'dame!"